Pic du Pin : traversée des arêtes hivernale
Pic du Pin : traversée des arêtes hivernale (Belledonne)
16 novembre 2008
Beaucoup de sollicitations pour ce dimanche mais Tristan s'est déclaré le premier. Il me propose un truc intéressant et vu qu'on a beaucoup buté ensemble, il est temps de conjurer le sort.
Direction Belledonne pour une journée qui s'annonce d'anthologie avec la neige fraîche, le beau temps annoncé et la mer de nuage classique des inversions thermiques automnales. Au départ il est
prévu d'aller faire les arêtes du Pic du Pin et de les enchaîner avec celles de l'Aigleton, mais les journées sont courtes en ce moment alors on verra une fois sur place si on enchaîne ou pas. Le
départ est prévu à 7h du Pont de la Betta à Prabert. On se fixe donc rdv à Grenoble à 6h15. Lever très difficile pour moi car je suis sorti hier soir mais vu le sevrage actuel je trouve
l'énergie pour me sortir du pieu rapidos.
l'arête du Pic du Pin au petit matin : putain de pylônes !
Départ du parking à 7h15 et c'est parti pour deux heures d'approche sur un rythme plutôt tranquille. La mer de nuage est là, 100m au dessus du parking on sort de la nasse et le ciel est dégagé :
çà sent bon ! Le chemin est tracé et c'est tant mieux. Les sommets alentours sont plâtrés de neige pulvérulente, le ciel est limpide, et il n'y a pas de signe de vent en altitude : tout
bon.
le Pas de la Coche et le Grand Pic de Belledonne au fond qui veille : re-putain de pylônes !


pendant que le Grand Pic se la pète, nous on s'amuse : puisqu'on vous dit qu'on avait le temps...
On chope le soleil au Pas de la Coche et par la même occasion un panorama du tonnerre : il y a aussi une mer de nuage versant Allemond si bien que c'est tempête de ciel bleu et festival de
sommets enneigés emergeant des nuages. Tristan a pris sa caméra, alors on ne privera pas d'en abuser et tant-pis pour l'horaire de la course, il fait si beau...


Trist' au point 2197, puis la suite de l'itinéraire vers le sommet Sud, à gauche l'arête de l'Aigleton
On attaque par le pilier le plus raide qui mène au point côté 2197m mais le rocher est très... oisans ! Ensuite c'est une belle arête de neige facile, tracée de la veille et plutôt
horizontale qui mène au sommet Sud : idéale pour l'initiation aux hivernales, et les films ou photos !
te retournes pas Tristan, t'es suivi !
La remontée au sommet Sud est pénible car des gens en sont redescendu la veille en pratiquant une technique plus proche de la luge que de la marche si bien qu'avec le regel il a fallu s'employer
à tailler des marches au piolet : à la Gaston ! De là, la vue porte maintenant sur la suite de l'itinéraire et le moins que l'on puisse dire, c'est que les difficultés vont s'accroître car les
traces qu'on a suivi jusqu'ici s'arrêtent sur ce sommet et la désescalade de celui-ci s'avère rude. On prendra par le fil, qu'il a fallu deneiger en faisant des manoeuvres bien au-delà du
AD- pépère annoncé. La cordée qui nous suivait shuntera le passage en descendant plus bas dans un couloir puis en contournant le sommet Sud versant Allemond. Il semblerait que ce qu'ils ont fait
est plus safe et rapide puisqu'on s'est retrouvé derrière eux après ce passage.
décidemment, ils ne lâchent rien...
La remontée au sommet central ne pose pas de problème si ce n'est un petit rappel de 10m. La cordée de devant ne nous proposera pas d'emprunter leur brin de corde... J'avais prévu un brin
supplémentaire de 30m pour les rappels et on aura le temps d'essayer une nouvelle technique : moulinage du premier par le second, puis descente du second en rappel sans se décorder. C'est plutôt
efficace en sécurité et en temps mais on peut faire mieux. En plus pas de problème de délovage de corde. Bien sûr c'est limité mais dans cette configuration de course d'arête, çà marche bien, au
détail près que le premier en l'occurence faisait un bon quintal et que le mouliner sur une corde de 8,1mm avec revêtement anti-humidité, ben c'est freestyle et y'a intérêt à avoir
un descendeur qui freine bien...
sous le sommet Sud, petite pause après la taille des marches
La remontée au sommet centrale réserve un pas d'escalade bien protégeable et c'est rando jusqu'au sommet ou l'on rejoindra nos "copains" Louis et Catherine. Ils nous proposerons un bout de viande
des Grisons, du coup moi j'en perds un peu mon latin, on les remercie de leur gentillesse mais perso j'aurais préféré partager le rappel...
le passage délicat qui permet de descendre via le fil du sommet Sud : un peu chaud-patate !
Bien qu'il soit midi passé, on a bien tenu l'horaire et on peut envisager d'enchaîner avec l'arête de l'Aigleton alors on enquille la descente du sommet central. C'est scabreux et je fais partir
deux pavasses de plus de 50kg : çà sent le brûlé un bon moment ! On trouve un rappel mais pas équipé de maillon alors vu qu'il y en a un soit-disant 10m en dessous on continue mais y'en a pas. On
devait déjà être au niveau du deuxième... C'est jouable de rejoindre la brèche qui sépare les sommets central et Nord sans rappel. Mais vu que la neige est trop récente et que çà traverse en
oblique sur des dalles recouvertes de neige fraîche, on choisira d'en poser un sur un becquet (cordelette rouge) avec une technique différente de tout à l'heure car il y a 25m à descendre. Je me
ferais mouliner et Tristan descendra en rappel.
sur l'arête du Pic du Pin, belle ambiance
La remontée au sommet Nord est pourrie mais facile et le vent nous prend au sommet. La vue de l'arête de descente est peu engageante car elle est très raide et effilée, et surtout
recouverte de neige poudreuse sans cohésion. Tristan brasse ce qu'il peut pensant trouver un anneau de rappel mais non. Alors on redescend à la brèche et on s'échappe par le couloir versant
Aigleton. Il est en grosse poudre et je regrette les skis... 100m. Car après c'est grosse poudre sur fond de cailloux.
Tristan au sommet Nord se demande s'il faut continuer, à gauche l'Aigleton et la Dent du Pra
En fait la descente est dangereuse car on est sur un pierrier composé de blocs métriques enchassés les uns dans les autres et la neige fraîche ne recouvre plus les blocs qu'elle ne bouche
les cavités béantes. Du coup on se fera pas mal de frayeurs dans ce genre de terrain où se casser une jambes voire se faire une entorse n'est pas bien difficile.
les trois sommets Nord, central et Sud du Pic du Pin
Du coup on a perdu du temps et il est déjà trop tard pour envisager les arêtes de l'Aigleton. On se posera tranquillou sur un cailloux au soleil, pour casser la croûte. Nos "copains", qu'on a
re-croisé au niveau de la brèche quand on est redescendu du sommet Nord, ont persisté malgré nos conseils sur le fait que plus loin c'est super-foireux. Là ils s'emploient dans la descente de
l'arête neigeuse qui nous a repoussé. On assiste à leur progression, ou plutôt leur immobilité tant cette arête est foireuse. Ils ne progressent que très lentement, se font balloter par le vent,
et galèrent pour se protéger. En clair çà doit pas être une partie de plaisir et on ne boude pas le notre tranquillement installé en train de les voir souffrir : "qu'est-ce qu'on a bien fait
! Tu veux encore un bout de chocolat ?". Devant tant de courage ne soyons pas médisant et félicitons-les : bravo.


Trist' descend du col : nos premières "traces" de l'année !
voici une espèce dangereuse : le Tristan des neiges, attention si vous le croisez le fou-rire est assuré !
Ils n'auront fait que la moitié de l'arête quand on repartira et on apprendra plus tard qu'ils ont mis un sacré bout de temps, environ 2h, que c'était bien foireux et que çà faisait pas
rêver, mais çà on le savait déjà... Par contre quand on lit leur compte-rendu
çà "rend pas pareil", et çà prend une tournure presque héroïque : à vous de vous faire une opinion...
Tristan lors de la descente : çà brasse mais qu'est-ce que c'est chouette avec la mer de nuage en bas...
Le plus dur de la journée sera donc cette descente bien piégeuse jusqu'au habert d'Aiguebelle puis après çà déroule. Plus bas, on voit le nuage qui se rapproche et on sent qu'on va bientôt
rentrer dans un frigo. Il faut faire encore attention car le sol bien que déneigé est gelé, et Tristan nous fera encore quelques belles figures ;-)


l'arête du sommet N au col de l'Aigleton : le sommet tout à droite est le central - l'arête au couchant avec le point 2197 à droite et le sommet Sud à gauche
Au parking on tombe sur Yves, Patricia, Seb, Hervé et un pote à eux. Ils sont allés faire les arêtes du Pic du Pin, quelle coïncidence. Ils sont allés jusqu'au pied du sommet Sud car ils sont
partis trop tard. De toute façon, tard ou pas, il vallait mieux être là qu'en bas car les grenoblois n'ont pas vu le soleil de la journée car les nuages ne les ont pas quittés. Nous, ils nous ont
permis d'avoir un paysage de folie et sont resté sagement en bas ;-)


le frigo n'est plus très loin, ces arbres en témoignent...
Bientôt j'essairai de mettre en ligne le petit film tourné en compagnie de Tristan, à suivre...
traversée des arêtes hivernale (2342m)
mixte
II/AD-/III+
1000m dont environ 300m pour les difficultés
B0
Horaires:
départ Pont de la Betta : 7h15
Pas de la Coche : 8h45 (nombreuses pauses film, équipement et ravito jusqu'à l'attaque)
attaque : 9h40
Point 2197 : 10h10
sommet Sud : 11h30
sommet central : 12h20
sommet Nord : 13h30
pause casse-dalle : 14h50 (et 1h de pause)
Habert d'Aiguebelle : 16h30
retour Pont de la Betta : 17h15