Grande Ciamarella : face Nord
Grande Ciamarella : face Nord (Alpes Grées S)
4 et 5 mai 2009
la face Nord de la Grande Ciamarella depuis la Pointe Tonini, si si çà se skie
!Alors qu'on n'est pas encore de retour à Grenoble suite à notre raid de 3j autour du Mont Pourri, Cyril me contacte pour le lendemain. En gros il fait moche le lundi, et beau le mardi donc c'est une bonne occaz' pour partir le lundi et rejoindre un refuge, puis faire la course le mardi avec le soleil. Au départ il est très chaud pour faire les Italiens à la Grande Casse, sauf que je suis sceptique quant aux nombres de skieurs qui ont dû nous précéder. Je lui propose de le rappeler quand je serais chez moi après avoir vu les sorties effectuées ce week-end sur Skitour.
la montée aux Evettes, çà se lève... par moment...
Effectivement, plus de vingt passages dans les Italiens, c'est niet. Comme dans les Ecrins tout a été fait, je lui propose deux idées "vierges de traces" en Haute-Maurienne. C'est ok, on y va et
on choisira sur place.
la trace près du refuge
Arrivés au pied de la première, on ne voit pas bien le sommet mais on voit très bien d'énormes cassures qui entaillent la face : çà a purgé, c'est plutôt bon signe. Le problème, c'est
l'ampleur du bousin et l'obligation de remonter dans la face, autant dire que c'est une sacrée bavante. La deuxième option présente l'avantage d'une ascension plus courte, mais avec une nuit en
refuge. De toute façon on avait prévu les deux cas de figure.
arrivée au refuge des Evettes
Le dilemme est présent mais ce qui nous fera choisir la seconde option, à savoir la face Nord de la Grande Ciamarella, est le fait que cette face est connue et ne va certainement pas rester
vierge encore longtemps. La gardienne du refuge des Evettes m'a confirmé que nous serions les premiers de la saison : tentant. Pour la seconde, je ne pense pas que ce soit fait plus d'une
fois toute les deux saisons, donc on peut se la garder sous le coude. C'est aussi pourquoi je reste si évasif à son propos ;-)
Cyril sur le plat des Evettes,
droit devant le Pic Régaud et l'Albaron jouent à cache-cache
On file à Bonneval, on se gare au niveau du village car la route de l'Ecot n'est pas encore praticable, et c'est parti, il est 17h30. La route est barrée mais le conseil général à lancé le
déneigement le jour même, si bien que la route est déneigée mais on ne peut pas l'utiliser en voiture... elle est aussi inutilisable à pied car d'immenses flaques d'eau l'entrave. Ca commence
mal. Pour la petite histoire, Cyril a déjà remonté la face deux fois et ne l'a jamais redescendu à ski, autant dire que le "jamais deux sans trois" est dans nos têtes. On passe donc par les
pistes puis à flanc, c'est la galère mais j'ai un bon traceur. J'ai un petit coup de moins bien au Plan des Roches, mais on est presque arrivés donc je m'accroche et on est au refuge pour 19h15,
pas si mal.
sur le plat des Evettes, l'Albaron
s'enflamme
L'accueil est sympa et il y a peu de monde, tip-top. On prend l'apéro, puis un pichet de rouge pour notre repas, et le top, c'est que le père de la gardienne - enfin je pense que c'est son père -
avec qui on a bien papoté pendant la soirée nous apporte le génépi alors qu'on est en hors-sac, trop gentil.
trois pointes "éclairées" : Pointe Tonini, Petite Ciamarella et Albaron
Voyant qu'on a un piolet normal et un technique chacun sur le sac, plusieurs personnes viennent discuter avec nous pour nous demander ce qu'on va faire demain, dont des gars du PG. On leur
explique qu'on va tenter la Grande mais que c'est jamais gagné d'avance, tout çà, que çà fait deux fois que Cyril bute dedans... Du coup la discussion commence avec moult conseils, parfois des
éloges et une pointe d'admiration de la part des moins aguerris et souvent des encouragements : c'est toujours sympa quand çà se passe ainsi.
le Pic Régaud en montant au col de Tonini
Le gardien nous demande si on veut se lever plus tôt le lendemain mais nous on n'est pas pressés, on se lèvera en même temps que tout le monde, ce sera plus simple pour lui. Du coup il nous
souhaite une bonne nuit et nous dit qu'il nous guettera aux jumelles. Il nous met quand même un peu en garde à sa façon, discrètement, puis relâche la pression en nous demandant de faire de
belles traces ^^.
la face Est de l'Albaron
La nuit se passera plutôt bien pour moi, mais Cyril me dira avoir eu des envies de meurtre envers le gars d'à-côté car non seulement il ronflait fort, mais il pétait encore plus fort ! Il
n'a donc pas bien profité de la grasse mat', car le lever est à 6h, royal pour du ski de rando au mois de mai.
en montant à Tonini, une "connaissance" apparaît : on
remarque très bien l'arête empruntée l'avant-veille
Il fait nuageux mais il y a des percées deci-delà. On décolle pour 7h, eh oui on a fait les feignasses, mais il n'y a que 800m pour atteindre le pied de la face, et avec Cyril çà traîne pas... On
part à ski pour gagner de la distance car çà redescend au début puis c'est un long plat ensuite. On peaute et feu ! Un gars est déjà en train de remonter vers le col Tonini : "mais
où va-t-il ??? Pas à la Grande Ciam' quand même!"
Cyril au col Tonini : on passe
au soleil mais pas définitivement
On continue et le gars, parti du bas, commence à ralentir si bien qu'on est quasi sur lui au niveau du col. Ca souffle d'ailleurs pas mal et on se dit que çà sent très fort le but vu le vent et
la neige béton.
les spin-drifts lors de la montée, là c'est encore pas trop
raide
Le col est corniché et Cyril passe par la droite en faisant une traversée qui revient au niveau du col. Il passe comme une fleur les skis au pieds alors que la neige ne porte pas bien et que
c'est très raide... moi je me mets un peu taquet avec les skis et du coup je préfère mettre les skis sur le sac et sortir le piochon... on va perdre un peu de temps mais je le sentais moyen.
Cyril s'envole vers le sommet, çà sent bon !
Au col on chope le soleil et la face apparaît, ou plutôt LA face. Ça envois et je me dis que çà va pas être cool si on chope de la neige béton vers le haut, qui est la partie la plus raide
avec ses 50° bien tassés. Le bas à l'air bon, tout en poudre. On attaque la remontée de la directe sous le sommet tandis que le gars a attaqué plus sur la droite. Je suis content de la poudre
mais je fatigue un peu à force d'enchaîner - j'en suis à mon sixième jour de suite à ski - et bien qu'on avance vite c'est toujours dur pour le moral de voir le gars de devant qui trace et qu'on
ne rattrape pas.
la pente se couche - un peu - on se rapproche de la
sortie, yes !
au sommet les faces Sud de
la Grande Casse et de la Grande Motte
On se prend pas mal de spin-drifts dans la tronche et on se dit que toute cette poudre doit bien venir de là-haut, donc que çà doit pas être béton, mais tant qu'on n'est pas en haut, on n'exulte
pas car la glace peut être très proche. Dans le raide, je sors les pioches car on les a emmenées donc autant s'en servir, et puis aussi parce que c'est raidasse, Cyril garde les bâtons
car il a peur de mouiller ses gants... Je comprends que c'est gagné quand je vois Cyril partir comme une fusée devant, ou plutôt lorsque je ne le vois plus après une soudaine accélération... La
partie terminale se couche, la neige devient un peu plus dure mais c'est t'chi, çà va le faire ! J'ai pas fait beaucoup de photos dans le raide car justement c'était raide et avec
le vent et les spin-drifts, j'avais peur de laisser tomber l'APN... après coup, çà fait quand même chier car c'est majeur comme ambiance !
le Boss au sommet : çà
c'est fait !
et le jeune Padawan, yepppaaaa !
On se rejoint avec le gars au sommet. Il est de la Loire et est parti le matin même de là-bas : il a le moral le gars. Il compte redescendre par la face Sud, ah bon ? Nous on
mange, on admire le paysage, l'esprit tranquille mais quand même, la concentration est là au moment d'engager la descente, c'est sérieux c't'histoire ! Cyril motive le gars pour qu'il nous
suive car c'est en condition comme jamais, une belle poudre tassée de moins en moins dense au fur et à mesure de la descente, le panard quoi, du coup il nous suit et ne le regrettera pas. Au
début je suis un peu tendu, mais je me lâche très vite, si bien que je n'aurais, chose relativement rare cette année, plus de jambes pour enchaîner à mach 12 dans le bas de la face, juste un
petit mach 2. Pô grave, j'ai pu enchaîner rapidos dans la partie raide et c'est çà qui me satisfait le plus. Dans le bas je ferais une pause ou deux, histoire de faire des films et des photos ^^.
Cyril envois le bois
Une fois en bas, on est super content d'avoir su trouvé le créneau idéal, et aussi d'avoir eu de telles conditions. Cyril m'a rabaché au moins dix fois qu'on allait buter histoire que si on bute
effectivement, çà fasse moins mal au cul, pis non ! Là, on aurait du Champ', on le faisait péter ! La suite ne sera que bonus. On remonte à la Pointe Tonini puis on se fait la face
Ouest, un 4.2 en neige béton car pas suffisamment décaillée - il est à peine midi - mais vraiment plat après la Grande... Mais notre regard est attiré par la face Est de l'Albaron. On se dit que
çà doit bien le faire, mais les nuages arrivent et on risque de se retrouver dans la nasse d'ici qu'on remonte les 700m jusqu'au culmen Bonnevalin. Donc on file au refuge et ce sera l'occasion de
revenir, enfin pour moi car Cyril a, selon ses dires, "tout torché dans le coin", mouais, dois bien rester un p'tit truc car c'est vaste ici ;-)
remontée à la Pointe Tonini, en arrière-plan la face Nord de
la Petite Ciamarella
On arrive au refuge sous la cagne et vu qu'on a pas de quoi s'acheter deux bières, Cyril va leur en demander une pendant que je reste dehors à flâner et surtout à contempler les deux descentes du
jour. Et là, je le vois arriver avec trois binch' et le billet de cinq euros. Ils veulent nous les offrir car on est les prem's de la saison, trop cool, mais vu qu'on n'est pas comme çà, on leur
refile quand même le biffeton.
près du sommet de la Pointe Tonini
On croisera aussi un couple venant du Carro avec qui on engagera la discut', puis la gardienne vient nous voir en terrasse avec des assiettes contenant une part du gâteau au chocolat qu'elle a fait pour l'anniv' de sa fille : trop sympa qu'on vous dit ! La classe, on reviendra.
depuis le sommet de la Pointe Tonini, les
Ciamarella's
Le temps passe vite et voilà qu'il est temps de repartir, on remonte une dernière fois jusqu'à l'antenne au dessus du refuge puis on plonge en direction de Bonneval. On prend la traversée de l'aller et c'est moins pire que ce que j'aurais pensé. Un bon quart d'heure plus tard on est à la voiture. Go back to Grenoble...çà c'est fait !
dans la descente de la face Ouest, au
fond... vous l'avez reconnu
Pour la cotation, le toponeige indique 5.4 E2, et skitour 5.3 E2. Vu qu'à chaque fois que la face peut être skiée les conditions sont quasi parfaites, çà rend l'affaire plus facile. De plus,
c'est une face donc on a la place pour engager des virages, sauf que la pente est belle et bien là... donc je ne départage pas. Mais attention, le risque est de se retrouver dans le raide avec de
la glace vive sous une fine couche de poudre, et là c'est plus la même... donc à remonter obligatoirement, en plus c'est une belle course d'alpi, et avec le matos pour une course de glace, on ne
sait jamais...
la Grande Ciam' et la pointe
Tonini (en bas à droite) depuis le refuge, çà se recouvre...Grande Ciamarella - face Nord (3676m)
D
5.3/5.4 E2 (50°/350m)
2000m
B0
Pointe Tonini - face Ouest (3327m)
4.2 E2 (45°/100m ; 40°/500m)