But au Sirac : arête Nord

Publié le par manu


Sirac : arête Nord (Ecrins)
21 juin 2009



Dans la série "on s'prend un but car on est trop à l'arrache et que les conditions sont pas là", en voilà un bien beau ! Retour en arrière : comme d'hab' le samedi soir je finis tard et le temps de faire la route, de préparer mes affaires, de manger un p'tit bout, de récup le collègue, de re-faire la route, ben on se couche à point d'heure sur le parking du Giob'. Du coup on se lèvera à 5h passées...
 
çà fait plaisir mais c'est encore bien loin et bien long tout çà ^^.
 
 
Pas trop efficaces ce matin, on filera sur les coups de 6h. On arrive au refuge vers 8h tandis que pas mal de randonneurs sont sur le point de partir. On demande aux gardiens ou se trouve la brèche d'accès. En effet on a un petit doute sur la brèche qu'on pense être la bonne car elle n'est pas très engageante d'ici... Ils nous confirment que c'est bien celle qui est peu engageante, mais que çà passe bien. Par contre quand on leur dit merci de l'info et qu'on y va, là ils nous regardent bizarre : "heuuu, vous savez que je lève ceux qui font l'arête Nord à 4h du matin ?".
 
Niko devant les Rouies qui s'enflamment, il vient de trouver un bâton !
 
 
Bon on s'attarde pas trop car on sait qu'on n'est pas en avance, d'un autre côté les journées sont longues et vu le niveau de difficultés, on devrait tout passer à corde tendue. On prévoit 5-6h pour l'arête, et même en mettant 4h à la descente, on est au refuge vers 18h. On file sous des regards perplexes qui se feront certainement moins désapprobateurs lorsqu'ils nous verrons enquiller comme des sales jusqu'à la brèche et sur l'arête.
 
la face SE des Rouies, on devine bien l'éperon Rébuffat et la voie de la Rampe, mais c'est tout plâtré (photo Niko R.)
 
 
Le fameux passage-clef qui défend l'accès à la brèche, donné pour du IV+, voire du III+ en artif, est une saloperie sans nom. Le terrain est scabreux, il faut remonter droit dans un dièdre en rocher pourri où un piton est présent mais ne sert à rien car il s'enlève à la main, puis contourner le surplomb qui ferme le dièdre par une traversée dépourvue de bonnes prises et sans moyens de se protéger, si bien qu'une chute vous ramène par un beau pendule contre la paroi éffilée du bord du dièdre, puis se termine après la grosse percussion au sol... pas engageant. Mais ce n'est pas fini, car il faut ensuite sortir par un autre dièdre lisse dont le reta se fait sur une dalle tout aussi lisse, sans prise franche, et toujours sans moyen de se protéger... alors si çà c'est du IV+, moi je suis le pape !
 
les Aupillous et son fameux couloir Coolidge, il était plus engageant à skis l'hiver dernier (photo Niko R.)
 
 
Je n'oserai pas engager le reta avec le sac sur le dos et à froid. Je redescends, pose le sac et m'y recolle, ben çà passe mais c'est sport, surtout en grosses. Niko me rejoindra en galérant pas mal avec deux sacs ;-)
 
en montant au refuge de Vallonpierre
 
 
On remonte en direction de l'arête et là surprise, un spit. Il n'y en a qu'un, semble nous dire qu'il faut prendre une vire ascendante vers la droite alors que c'est sur la gauche qu'il faut aller. Franchement, quitte à mettre un spit, autant le mettre dans le pas foireux plus bas, car le piton permettant se passer le passage en artif, ou de se sentir vachement plus à l'aise, s'est sûrement fait la malle.
 
joli contraste même si le panorama est un peu manqué...
 
 
On rejoint finalement l'arête assez vite et on trace. Ca déroule bien, on voit le refuge, donc ils nous voient et on arrive au niveau du premier ressaut. Là cà pisse de partout et je ne vais pas direct au bon endroit, car c'est là où çà pisse le plus... Je tente de passer ailleurs mais c'est pas du III+, donc je m'y colle dans un petit surplomb dégoulinant et çà passe bien, mais je me trempe un peu.
 
l'arête Nord du Sirac à l'approche du refuge
 
 
Ensuite çà file encore, on remonte un névé qui fini par un couloir dont la sortie est verglacée, mais çà passe. Puis au niveau du second ressaut, on comprend tout de suite que c'est mort : la paroi est verglacée au niveau de tous les dièdres, zones de faiblesse dans lesquelles nous allons devoir passer. Vu notre horaire tardif de départ, il vaut mieux ne pas tenter le diable. Il est 12h30, on a mis 4h depuis le refuge pour faire 800m dont 500m d'arête et là on risque d'exploser l'horaire donc on signe le but et on file.
 
voilà pourquoi il faut venir ici : le Sirac depuis la terrasse du refuge
 
 
La descente est malcommode car c'est de la dalle, et autant la montée se fait sans trop de problèmes, autant à la descente et en grosses c'est une toute autre histoire. D'un autre côté on n'est pas non plus trop pressés car on a du temps devant nous. On rejoint le couloir d'accès à l'arête et on n'a pas envie de se taper la redescente sur Vallonpierre. De l'autre côté, soit vers Chabournéou, çà a l'air bien mieux avec des névés tout du long à part au départ.
 
le couloir d'accès à la brèche, au fond le refuge qui jouxte le lac
 
 
On mange et on file dans cette direction. Bon, c'est pas forcément très facile mais çà passe et on rejoint le névé coincé entre le Banc des Aiguille et le Mellion, il nous ramène vers 2300 très vite, puis c'est un beau sentier vers le refuge de Chabournéou.
 
sortie du couloir de la brèche, on prend pied sur le fil de l'arête, tiens c'est dalleux...
 
 
On fait une courte halte puis on file, et à la jonction des chemin des deux refuges, on tombe sur le gardien. Il est ravi de nous voir entiers. Il a bien vu qu'on avait fait demi-tour mais ne savait pas si on s'en était bien sortis de l'autre côté. On le renseigne sur le verglas, et il ne nous tiens pas trop rigueur du côté freestyle dont on a fait cette course. Il est clair qu'on était dans les temps, mais que les conditions en ont décidé autrement. On a fait ce qu'il fallait et çà l'a rassuré, tant mieux. Enfin c'est ce que je pense...
 
la retraite, on filera par la droite alors qu'on est venus de la gauche (photo Niko R.)
 
 
D'un autre côté, c'est quand même encore un but et çà fait chier, mais les automatismes sont bel et bien là, ce qui est prometteur pour la suite de la saison. Allez maintenant on file sur Gre pour la fête de la musique sinon Auré va pas être contente ;-)
 
sur le chemin du retour, pas de regrets car on aurait été dans les nuages, euuuh si un peu les boules quand même !
 
 
 
arête Nord (3440m)
mixte
IV/AD/IV+/P3
1500m
B3verglas

Publicité

Publié dans Alpinisme

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article