But à La Meije : voie du Z

Publié le par manu


La Meije : voie du Z et traversée des arêtes (Ecrins)
2 juillet 2009




En ce moment c’est l’alternance : une sortie qui se déroule super bien, et un but ! Et sec celui-ci, du genre à vous faire bouillonner au point d’exploser. Retour en arrière.

 

Trois jours de dispo, çà faisait longtemps, du coup j’ai des envies de sorties qui ne peuvent pas se faire à la journée. Si possible un peu éloignée et qui aient de la gueule. Du coup le massif du Mont Blanc a la côte. Avec Lucas et Niko, on hésite sur plusieurs options, mais trois principales se dégagent :

          -         l’arête du Jardin à la Verte et un autre truc dans le coin le lendemain genre les Courtes

          -         la traversée des arêtes de Rochefort suivie de celle des Grandes Jo avec bivouac à Canzio

          -         l’Innominata au Mont Blanc avec bivouac à Eccles

 

 

la Meije, un beau bastion bien défendu
 
 
Du bien beau et de l’engagé quoi ^^. Sauf que la météo est très capricieuse dans ce massif et plus particulièrement sur la frontière. Comme trop souvent ces derniers temps, on se rabattra sur les Ecrins. Là-bas aussi il y a du choix, avec l’arête de Coste Rouge à l’Ailefroide, l’arête Nord du Pelvoux, et, une idée originale de Niko, vous l’aurez compris il s’agit d’un truc à la Meije ;-) la voie du Z. On tombe d’accord la dessus car c’est une course qui ne sera pas en condition pour longtemps encore, et d’après le gardien, elles sont optimales en ce moment.

 

le glacier de la Meije, plutôt chaotique
 
 
J’avais promis à Sam de lui filer un coup de main pour transporter du placo chez lui, donc je l’aide dans la matinée du mardi. On ne filera donc qu’en début d’aprem. Sauf que çà prendra du temps, on n’est pas encore sûr d’où aller, ni comment, bref c’est un peu à l’arrache tout çà. Et moi çà commence à me saouler d’être à l’arrache. On finira le placo un peu plus tard que prévu, si bien qu’il sera un peu tard pour rejoindre le Promontoire aujourd’hui. On se repose donc et on file demain matin de bonne heure.

 

la Meije depuis le sommet des Enfetchores, on distingue le Z qui à l'air plutôt fourni
 
 
Le lendemain, on décolle de la Grave à 10h15, et on enquille la remontée des Enfetchores. On avait déjà fait cela lors de notre dernière visite à sa Meijesté (lien). Je trouve çà vraiment moins chiant que la remontée depuis la Bérarde, en plus on peut bien voir la voie du lendemain. On prend notre temps et on manquera de se faire surprendre par l’orage. On arrivera juste à temps au refuge, vers 16h.

 

après les Enfetchores il fait beau...
 
 
Les nouveaux gardiens sont très sympa et on aura tout le loisirs de tailler le bout d’gras avec eux et les autres alpinistes présents. On pourra même faire un peu bronzette entre deux averses… Le repas est excellent, avec un minestrone délicieux et une côte de porc dont la sauce était à tomber. Au drouille car demain le lever est prévu à 2h.

 

...mais çà va pas durer...  une demi-heure sépare ces deux photos !
 
 
Le lever se passe bien, on est efficace et motivés, on décolle à moins quart et on passe la brèche en moins d’une heure. Le souci, c’est le contournement de la Meije, dans une neige pas tip-top car pas regelée, des crevasses un peu partout que Lucas se sentira obligé d’honorer de sa visite ;-) sans parler du contournement d’un sérac plutôt menaçant. Bref, on arrivera au pied de la voie vers 5h, avec un poil de retard sur l’horaire prévu, et déjà bien entamés psychologiquement.

 


à l'attaque pile-poil au lever du jour, timing parfait... pour le moment
 
 
Et là, la psychologie çà joue un max, car la gueule du Z depuis l’attaque ne donne pas vraiment envie, c’est sec de chez sec, et défendu par une rimaye assez béante que l’on peut heureusement contourner sans trop de problème.

 

lever de soleil sur les Grandes Rousses
 
 
Lucas s’y colle pour le départ, il traverse la rimaye et remonte jusqu’à l’attaque. Il ne gèle pas au pied, ce qui nous fait craindre que les conditions ne soient pas si optimales que çà. En plus on repense forcément à ce que nous a dit le gardien, et ben on sait pas trop où elles sont les supers conditions… Du coup çà parpine déjà pas mal, et Lucas progresse difficilement dans le mixte un peu foireux. En étant en tête on ne se rend pas forcément compte du rythme, mais en second, on voit bien qu’on risque d’y passer un bon bout de temps, et avec le réchauffement diurne, c’est pas la meilleure des solutions. De plus on est trois, donc çà prend forcément plus de temps qu’à deux. Lorsque la voie part en oblique vers la droite, avant de rejoindre le fameux passage présent sur toutes les photos-topo du Z, je prends le relais. Je me sens un peu obligé d’avancer plus vite, autant pour marquer un peu le coup que pour éviter de perdre plus de temps, car on ne le rattrape jamais. Je me sens à l’aise, je progresse plutôt bien dans le mixte, pose un première puis une deuxième protection. Elle est un peu courte, donc je la rallonge avec une dégaine. Mon piolet est sur mon épaule et en clippant la dégaine il rippe et je le vois dégringoler en bas : ding, bing, ding ! A ce moment là je suis pris d’une colère froide et je suis proche de l’explosion. Non seulement je viens de paumer un piolet à près de 200€, mais en plus on va être en difficulté pour la suite car je n’ai qu’un piolet technique, le second est classique. L’orage passé dans ma tête, je propose de continuer mais mes compagnons ne sont pas de cet avis car plus loin il y a une longueur en 3/3+, et ils pensent que çà va être sport avec un seul piochon, pas technique de surcroît. Je ne suis pas de leur avis mais ils sont deux, alors je les suis. On signe le but là, après seulement un quart des difficultés techniques. Je redescends et à un moment, une "armoire" se décroche, tombe, et éclate en plein de blocailles. Ça passe vraiment pas loin et on a bien flippés. On parvient à descendre à l’aide d’un rappel, mais les pitons ne sont pas béton alors on flippe encore un peu. D’ailleurs le deuxième et dernier rappel nous permettant de franchir la rimaye nous procurera de fortes émotions, enfin surtout à Niko et Lucas. Je pars devant après avoir bien frappés les pitons, c’est pas béton mais ça à l’air de tenir et puis on va descendre une pente de neige. Je descends la pente de neige, tout va bien, mais la rimaye est surplombante. Pas grave en soi, mais la partie verticale est molle et lorsque je me bascule dans le vertical, je m’enfonce d’un coup. Je mets donc un bon à-coup sur le relais mais çà tiens. Puis je descends encore pour toucher le fond et remonter au bord : libre !

 

Lucas au niveau de la rimaye...
 
 
Et là j’attends un bon quart d’heure, les cordes remontent une à une, puis enfin ils arrivent. En fait, les pitons ont pliés lors de l’à-coup, et ils ont eu bien peur. Moi aussi après coup !

 

...suivi de Niko
 
 
Il nous faut maintenant rejoindre la vire Amieux via le Serret du Savon. En descendant, je retrouverai mon piolet en équilibre dans un trou d’impact de cailloux : la chance reviendrai-t-elle ? Tu parles, je vais avoir un souci avec mes crabes qui vont se détacher plusieurs fois alors qu’ils sont en apparence bien réglés, ce qui ne contribuera pas à me rendre de bonne humeur. Heureusement, en arrivant au sommet du Serret du Savon, on retrouve le soleil, et donc le moral. On fera halte à l’Aigle et vu la faible distance, il apparaît clair que c’est de ce refuge qu’il faut partir pour le Z. De là, on a une super vue sur la traversée des arêtes et c’est d’autant plus dommage que les conditions étaient optimales, le gardien se serait-il trompé de course ???

 

d'ici on voit bien que c'est... sec !
 
 
De l’Aigle, la descente est longue, mais grâce à quelques névés, on gagnera pas mal de temps, et c’est une fois de plus bien fatigués qu’on ira boire un verre à la Grave. Une dernière chose me paraît claire aussi, la fatigue se fait plus sentir lorsqu’on échoue que lorsqu’on atteint ses objectifs…



brèche de la Meije par les Enfetchores de gauche (3357m)
mixte
III/PD/3b/P4
1000m
B0


voie du Z et traversée des arêtes (3983m)
mixte-goulotte
IV/D+/3+/IV+
600m d'approche, 100m de difficultés, puis 200m pour rejoindre l'Aigle via le Serret du Savon
B3pp (pioche et parpinage)

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Publié dans Alpinisme

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Commenter cet article
N
Nom d'une Meije!! <br /> Sa coute encore pas trop cher le but par la bas quand meme!! n'est ce pas Manu??<br /> >> Luka, j'ai ta broche :)
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M
c'est pas faux...
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L
je tiens à préciser que l'approche (le glacier surtout)est Merdique sup (peut-être à intégrer dans une nouvelle échelle de cotation!)<br /> En tout cas la grande meije nous a jeté comme des malpropres!
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