But à la Pierre Allain
La Meije : voie Allain-Leininger (Ecrins)
24 août 2009
Partis pour faire la PA, les prévisions météos ont eu raison de notre perspicacité. Nous nous sommes consolés avec la traversée des arêtes et Lucas a enfin pu fouler ce sommet... à sa 4ème tentative tout de même...
bientôt plus d'explications et des photos
Lucas me laisse un message pour que je l’accompagne à la Pierre Allain. Je trouve qu’il commence à s’obstiner un peu avec la Meije, mais je suis bien motivé. En plus on est un minimum organisé, pas à l’arrache comme certaines fois… et le créneau météo semble nickel, donc feu !
On montera au Promontoire le dimanche, avec un départ un peu tôt histoire de ne pas trop en chier sous le cagnard. On se tâtera de savoir si on part de la Grave ou de la Bérarde. On optera pour la seconde option sachant que je ne l’ai jamais fait, qu’on économisera le tarif de la benne et qu’on se mettra moins taquet le premier jour car le passage de la brèche de la Meije doit être vraiment pas terrible. De plus, on a réservé à l’Aigle histoire de pouvoir prendre notre temps, et le lendemain on fera la traversée Meije Orientale – Pavé, comme çà on retourne du bon côté pour la descente.
La Pierre Allain enchaînée à la traversée des arêtes de la Meije le premier jour, puis la traversée Meije Orientale – Pavé le second, çà a de la gueule et on est déjà tout excités…
On décolle plutôt à la fraîche le dimanche matin, et on a droit à l’ombre jusqu’aux environs du Chatelleret, que l’on atteint assez rapidement. Petite pause casse-croûte et on repart pour la longue moraine qui mène au Promontoire. En fait çà passe plutôt bien car c’est efficace, mais on optera pour les câbles à la fin car c’est plus rigolo et surtout plus rapide.
On passe l’aprem à discuter avec les gardien(ne)s, aide-gardien(en)s et les autres clients du refuge. Ça fait un bail que je n’ai pas passé une aprem complète à rien faire en refuge. L’arête de la Convention m’aurait bien dit, mais la PA est une sacrée course, et avec des sacs plutôt lourds bien que fait assez drastiquement, il vaut mieux se reposer.
Les prévisions météo du soir nous poserons un gros dilemme, sachant que l’orage est prévu pour l’après-midi. On se tâtera longtemps mais vu que Lucas n’est toujours pas allé au Grand Pic en trois tentatives, il vaudrait peut être mieux assurer le coup, surtout que faire une course comme la PA avec ensuite la traversée des arêtes, tout en ayant à chaque instant l’œil sur le ciel, c’est franchement pas terrible. Autre truc qui a fait pencher la balance : en face Sud on ne voit pas les perturbations arriver, du coup on aurait très bien pu se faire surprendre la-haut, avec les conséquences que l’on peut imaginer car c’est un beau paratonnerre ce Grand Pic !
Ce sera donc la classique traversée, qu’on est sûr de boucler dans les temps. Je l’ai déjà fait mais çà ne me gêne pas trop de la refaire, dans les temps cette fois…
Il y aura quatre cordées qui feront la traversée. On partira les derniers et tout le monde se rejoindra au pied des dalles Castelnau. Là çà bouchonne un peu alors on en profite pour doubler une cordée, des espagnols plutôt cool mais un peu lents dans les manips. Puis on ne peut doubler les deux autres cordées car les guidos ne nous le permettent pas et on n’a pas envie de passer comme des gros bourrins dans la dalle des Autrichiens ou le pas du chat. On les doublera donc au niveau du glacier Carré.
A partir de là, çà déroule, même si on n’a peut être pas pris l’endroit le plus rapide. Au pied du Cheval Rouge, c’est à mon tour de prendre la tête mais je refile le matos à Lucas : je l’ai déjà fait, et il ne reste que quelques mètres à faire pour parvenir au Grand Pic. Vu qu’il a dû s’y prendre à quatre fois pour en fouler la cime, je lui dois bien çà ;-) Le seul bémol, c’est le retour d’une cordée, Mathieu et Nico, qui nous empêcheront d’immortaliser le cavalier Lucas chevauchant la dalle rouge mythique.
Au sommet, on est seuls mais pas pour longtemps alors on mitraille un peu et on se restaure, car même s’il n’est que dix heures du mat', on s’est levés tôt et on a les crocs. Lucas doit être vraiment content et c’est normal, quant à moi, je ne ressens pas la même émotion que la première fois, mais çà doit aussi être normal ;-)
Au moment de partir, il ne manquera plus que les espagnols au sommet, mais ils sortent du Cheval Rouge. Les cordées sont plutôt homogènes et de bons niveau mais on se dit que vu le rythme du matin, certains risquent d’exploser dans la traversée.
Les rappels passent bien, puis c’est le fameux contournement de la première Dent dite Dent Zsigmondy. On met les crabes vachés sur le câble, et heureusement qu’il y a le câble car sinon la cotation et plus encore l’horaire exploseraient. En ce moment çà passe plutôt bien mais la glace est assez béton, et il n’est pas commode de ressentir quelque chose en progressant dessus, quant à planter un piolet non technique…
Finalement on s’en tire assez vite, on vire les crabes et ensuite çà enchaîne très vite jusqu’à la quatrième Dent dite Dent Blanche. On retrouve la neige lors de la descente de celle-ci mais on néglige le rappel car il n’y a que quinze mètres. Oui mais c’est un placage de glace fine et on se met un peu taquet pour rien. Entre-temps, Mat et Nico arrivent et le premier nous conseille de revenir pour poser un rappel, ce qu’on fait. On fini ensemble jusqu’au Doigt de Dieu puis la redescente de celui-ci. Au niveau du premier rappel, on les laisse passer, puis ils nous disent gentiment qu’on se débrouille tout seul… sympa l’entraide. Du coup on patientera qu’ils finissent de poser leur rappel, puis on enquillera. Sauf qu’ils ont shunté un rappel grâce à leur rappel de 60m, et nous on file droit dans le piège, avec un passage de rimaye trop juste. On s’en tire au prix d’un rappel intermédiaire sur béquet pas vraiment safe qui me mettra dans une colère sourde : faudra pas me faire chier au refuge !
Un dernier passage de crevasse style "garage à 38 tonnes" et on sera au refuge de l’Aigle peu après. En temps normal il faut une heure pour le rejoindre depuis le Doigt de Dieu, là on en a mis le double, alors que notre timing depuis le matin était au top. Pour dire, on a mis plus de temps pour la trav’ que pour la montée au Grand Pic… du coup il nous sera très difficile d’enchaîner dans la foulée sur la trav’ vers le Pavé et rejoindre le Promontoire dans la journée. Enfin, l’essentiel est ailleurs, et c’est une belle journée malgré tout.
La descente est comme toujours fastidieuse, et on se console en se disant que ce serait bien pire à la montée. Cerise sur le gâteau, Nico nous déposera au niveau de la bifurcation avec la route de la Bérarde après qu’on se soit pris une bière tous ensemble à La Grave. Nawale, qui bosse à côté, viendra à notre secours et nous déposera à La Bérarde, où l’on se fera un petit resto sympa. Il s’en rappellera de sa première Meije… !
Ces temps-ci, lorsque je pars pour quelque chose que je trouve majeur, et qu’on se contente de faire autre chose à cause de la météo ou des conditions, ben çà a tendance à me mettre en rogne, va falloir couper un peu…
voie Allain-Leininger ou face Sud directe ou Pierre Allain (3983m)
IV/TD/5c
800m
B4m
traversée des arêtes
IV/D-/3c
>1000m
B0