Traversée des arêtes de la Meije

Publié le par manu


La Meije : Grand Pic et traversée des arêtes (Ecrins)
30 juillet 2008


Voilà çà y est, on va pouvoir y aller. Niko ne tient plus en place depuis hier soir, je crois même qu'il n'a pas beaucoup dormi, et c'est encordé depuis la terrasse du refuge que nous démarrons, l'approche étant réduite à sa plus simple expression : le tour du refuge par le balcon... Plusieurs cordées nous devancent, quatre exactement dont trois guides, une seule est derrière, aussi avec un guide. Ca fait drôle, on est les seul en freelance
 
la face Sud de la Meije avec l'itinéraire en question (photo et montage Niko Roumegoux)
 
 
Le premier passage, celui du crapaud, est vraiment à reconnaitre la veille car c'est un pas délicat à 50m du refuge. C'est accessoirement là que le guidos de derrière, trop pressé pour être honnête, a failli m'envoyer dans le décor : voyant que çà bouchonne un peu, il me double et lorsque je me retrouve dans le pas foireux avec les pieds quasi dans le vide et une seule main pour me retenir, je sens sa corde qui s'enroule autour de mon poignet et qui tend à me faire lacher prise sous l'effet du tirage. Un bon coup de gueule et tout rentre dans l'ordre, fallait pas être trop endormi ce matin... 
 
dans le haut du couloir Duhamel, lever de soleil sur les Ecrins, les nuages en plus
 
 
La suite est easy en corde tendue jusqu'au fameux couloir Duhamel. Là, le jour commence à poindre et la petite traversée passe bien. On restera plutôt groupés jusqu'à la dalle Castelnau, où on fera une petite pause ravito puisque çà bouchonne plus haut. On repart les derniers et on redouble malgré nous une cordée qui se fourvoie dans les vires Castelnau. On fait relais au niveau du Dos d'âne et on leur tend une corde pour nous rejoindre car ils sont en difficulté. Tiens c'est bizarre il me semblait qu'ils étaient avec le troisième guide mais celui-ci ne les attend pas. On voit que le quatrième a filé sur la gauche, alors après les avoir dépannés, on enquille mais là on a dû se louper car je me retrouve dans un pas à la con : j'ai posé un petit friend, puis deux mètres plus loin j'ai rien pour les mains. Je prends le rocher sur lequel je me retrouve en oppo au niveau de mes pieds, lance mon corps en bas à gauche, du coup la prise devient meilleure mais un plat c'est jamais terrible, puis je pose le pied sur un graton et je chope une prise bien à gauche qui me semblait être bonne sauf qu'elle l'est pas. Et là j'ai l'air d'un con avec un gros gaz sous le cul, deux à trois cent mètres à vue de nez, et les bras écartés avec une prise de merde dans chacune des mains. Bon je souffle et là y'a deux options : si j'attends je vais me cramer en trente secondes c'est le vol assuré avec pendule qui va bien sur un friend et gros gaz en bas, vite option B, je lance le pas en prévenant Niko que c'est chaud et qu'il faut absolument que le relais soit béton. Hop je chope une autre merde puis une meilleure et un gros bac, adré garantie ! Je pose le relais juste après et fait venir Niko, et là j'aurais tout loisir de voir sa tronche pendant la traversée, j'ai pas été déçu :
        moi : " c'est chaud, hein ? "
        lui : " putain ! on dirait du 6a ! "
Je crois qu'on s'est gourrés... même si le fait qu'on soit en grosses et avec le sac rendant les cotations plus dures qu'elles ne sont, le pas était franchement chaud. Donc si vous passez par là, au niveau du Dos d'âne il ne faut pas prendre la vire mais monter droit au dessus par le bombé, vous penserez à nous...
 

 
 
Sur ce je repars, mais la cordée en difficulté nous a suivi et là j'entends Niko qui me dit de faire un relais béton. J'attends au moins vingt minutes et je le vois ensuite arriver, limite tremblant et il m'annonce qu'il a aidé le type de la cordée qui a failli s'en coller une et nous envoyer tous en bas, coool... A partir de là on enquille et on rejoint le glacier carré assez vite, petit ravito, crampons et là on entends la cordée précédente qui nous demande par où on est passés. Bon ben on va les attendre eux parce qu'ils sont pas arrivés... On apprendra plus tard qu'ils se nomment Anaïs et Marco et que Marco est le papa d'Anaïs. Les autres sont déjà dans la moitié de la montée au Grand Pic...
 






arrivée à la brèche du glacier Carré







 
Niko dans la montée au Grand Pic : la classe !
 
 
On continue, la remontée du glacier Carré est vite avalée et la remontée au Grand Pic itou jusqu'au niveau du Cheval Rouge. Il y a là un pas un peu plus ardu et ensuite un autre plein gaz sur le fil du pilier. Je monte jusqu'à être à cheval sur le Cheval Rouge et je comprends enfin d'où vient ce nom, Niko me rejoint, passe le pilier et file vers le sommet. Marco, est au pied du Cheval Rouge quand je pars, à 4m de moi. On mettra ensuite dix minutes pour rejoindre le sommet, il arriveront avec 40minutes de retard sur nous... Au moins on aura le temps d'en profiter et on se fera un festin là haut, sans parler des photos, un grand moment. Mais le temps presse et il faut qu'on y aille. Leur problème en fait c'est qu'ils tirent des longueurs et ne font pas de corde tendue. L'autre problème c'est qu'ils étaient bien avec un guide mais apparemment celui-ci les connaissait un peu et leur avait proposé de les emmener sans les faire payer, à charge pour eux de le suivre. Il ne les a pas attendu, pas cool.
 

















la même vue du bas puis du haut : le fameux passage du cheval rouge





Les rappels du Grand Pic sont épiques et Anaïs n'a pas de reverso, ou plutôt si, elle a un reversino, modèle pour corde jumelées qui ne prend pas les cordes de plus de 8mm de diamètre. Heureusement Niko les dépanne d'un huit et on peut enfin descendre, mais leur technique du rappel n'est pas au point et en voulant gagner du temps à poser leur corde plus bas, on en perd : résultat des courses, au moins 1h30 pour trois rappels, on n'est pas arrivés...
 
perché au sommet du Grand Pic, je n'peux pas aller plus haut...
 
 
 
au sommet l'ambiance est à la rigolade
 
 
Au niveau du câble de contournement de la première dent, Marco, qui est passé devant pendant qu'on lovait les cordes, pose un rappel alors qu'il y a une main courante ?!? : là je commence à m'impatienter et à me poser des questions sur leur lucidité-état de fraicheur. Ensuite il bloque sous le passage de la goulotte. J'envoie Niko le rejoindre et on passe devant, on prend leur corde et on rejoint la brèche dans laquelle on pose la moul'. Vu l'heure, je parle à Niko de mes inquiétudes quant à l'horaire et au fait que Marco, qui est crêvé, risque de faire une bétise. Je lui propose de nous encorder chacun avec l'un d'eux et d'envoyer un peu de corde tendue pour la suite et fin des arêtes. Il sont d'accord, je récupère Anaïs et passe en tête, pose les protections, qu'Anaïs laisse en place pour Niko et que Marco récupère : là on commence enfin à avancer.
Une dernière frayeur dans les rappels du Doigt de Dieu où pendant cinq minutes on a bien cru qu'on se prendrait un orage sur le coin de la gueule et on prend pied sur le glacier. Il est 20h40, le soleil est sur le point de se coucher, mais on est sauvés. En fait notre récompense sera double : un magnifique coucher de soleil avant d'arriver au refuge et un repas gargentuesque à la frontale qui plus est payé par nos compagnons d'infortune. On en demandait pas tant.
 
no comment...
 
 
Il est finalement plus de 23h quand on se couche. Nous avions prévu de faire la traversée Meije Orientale Pavé Gaspard le lendemain mais vu qu'il faut se lever à 3h, nous décidons de nous lever plus tard et de ne faire que la première partie de ce triptyque jusqu'au Pavé. En attendant, on quitte la table et on se couche juste à côté en essayant de ne pas faire de bruit, ah oui je vous ai pas dit mais il n'y a qu'une seule pièce à l'Aigle où l'on mange et l'on dort, à l'ancienne qu'on vous dit !
à suivre


Grand Pic et traversée des arêtes (3983m)
mixte
IV/D- (IV+ max)
1200m au moins
B0 laborieux
 

 
 
Analyse : en fait il se trouve qu'en relisant ces ligne çà parait un peu aberrant et lourd mais lorsqu'on était dans la course le fait de voir une cordée en détresse a un peu occulté notre vision des évènements et on s'est senti obligés de les aider, un peu au début et de plus en plus au fur et à mesure. Certes ils n'avaient pas le niveau pour aller là haut tout seul mais ils ne seraient pas venus sans l'invitation de leur "futur ex-ami" guide. De plus il sont conscient que sans notre "aide" ils auraient au mieux dormi dans les arêtes ou été secourus, et au pire... bref c'est clair que çà a un peu pourri notre course, et je pense sincèrement qu'on était bon pour tenir l'horaire mais voilà on a fait ce qu'on pensait devoir faire et du coup je ne me sens ni héros ni déçu mais simplement j'arrive à me regarder dans la glace le matin ce qui aurait été certainement différent si on les avait laissé en plan et qu'il leur était arrivé quelque chose par la suite. Et puis je suis persuadé que je reviendrais faire cette course plusieurs fois tellement elle est belle et au moins a-t-on eu un superbe coucher de soleil, alors...
Si vous avez des avis n'hésitez pas, d'ailleurs qu'auriez vous fait ?

Publicité

Publié dans Alpinisme

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
T'a tres bien fait, comme tu dis imagine s'il leur était arrivé quelque chose? Par contre le guide c'est un cas! Tu as pas un nom a donner la?
Répondre