Pointe de la Grande Glière : arête NNE

Publié le par manu


Pointe de la Grande Glière : arête NNE (Vanoise)
10 septembre 2008



Le temps est pas top en ce moment, mais des améliorations pointent timidement le bout de leur nez de temps à autre. Lucas me contacte pour aller faire de l'alpi mais n'ayant pas deux jours de suite en milieu de semaine, il nous faut trouver une sortie envisageable à la journée. On optera pour la Grande Glière et son arête NNE. Les deux secouristes croisés aux Fétoules m'en avaient dit le plus grand bien alors on va aller jeter un oeil.

Je monte sur Chambé le mardi soir après le boulot et je mange chez Lucas. Le temps de bien vérifier l'itinéraire, le matos, la logistique et il est minuit quand on va se coucher, demain le lever est prévu à... 3h : glurp ! Le réveil est dur mais on est motivés donc çà traîne pas trop et à 5h on est au Laisonnay, au dessus de Champagny-le-Haut. Il fait encore nuit, le temps est humide et il bruine : merde, on fait quoi ? Pas la peine d'aller se mettre minable dans une grande entreprise comme celle-là si déjà il fait pas beau au départ, donc on attend un peu dans la voiture et on avisera un peu plus tard, et comme on n'a pas beaucoup dormi çà ne peut pas nous faire de mal. Au bout d'une demi-heure les nuages sont partis et le ciel tout étoilé : feu ! C'est parti pour 3h d'approche en terrain varié. Arrivé au pied de la voie, on galèrera pour passer la rimaye, et après coup on aura une petite frayeur...
 
le dôme de l'Épéna et la pointe de la Grande Glière au lever du jour : c'est pas grand soleil...
 
 
Le début de la voie suit une vire ascendante puis après le fameux bloc coincé nous nous trouvons sur une terrasse depuis laquelle part une cheminée en IV. On réfléchi bien cinq minutes puis Lucas se lance à l'assaut d'une fissure mais je ne suis pas convaincu car cela semble être plus que du IV. Il progresse de six ou sept mètres et ne trouve aucun point, du coup je regarde alentours et je vois enfin la fameuse cheminée avec un spit caché. Le problème, c'est qu'il s'est lancé dans un truc peu évident à désescalader et il n'est pas question de laisser une sangle traîner sous peine d'induire en erreur les prochains répétiteurs. En passant la corde derrière un gros bloc je l'assurerai un minimum et il en sera quitte pour une petite frayeur, mais on l'a tous fait et c'est comme çà qu'on apprend. Preuve qu'il n'est pas trop effrayé il repart en tête dans la cheminée puis la dalle qui suit, toujours en IV et en corde tendue. Le rocher est un peu humide par endroit et les dalles humides en grosses, ben c'est sport !
 


















la vire d'attaque et la rimaye, pour info on voit à peu près 6m de glace



 
Les premières difficultés passées, on rejoint l'arête NNE proprement dite et on la remonte sur plusieurs centaines de mètres. Je prends la tête, c'est du III et l'itinéraire est évident, on progresse bien, mais la pluie nous surprend. Et là ben on fait pas les malins car on est à 3000m, au tiers de l'arête, il nous reste environ 450m pour arriver au sommet, avec deux bonnes longueurs délicates en IV+ dont une en dalle, puis la redescente jusqu'au col de la Glière. La redescente est peu envisageable car problématique. On se cache sous un bloc durant l'averse histoire de ne pas être trempés pour la suite, la température a chuté il fait 5°C. On a un pêu de chance car le gros du grain tombe sur l'Épena juste en face et on voit des torrents d'eau se former sur la grande dalle où se déroulent des grandes voies telles "Zélix".
 
çà coule sur le dôme de l'Épéna
 
 
On repart et au bout de dix minutes, deuxième averse. Elle est plus longue et nous re-sape le moral, on se re-planque et on re-attend. Heureusement, il n'y en aura pas d'autres avant un bon moment et on re-file, en faisant très attention car le rocher est mouillé, et les dalles de gneiss mouillé ben c'est pas le truc le plus adhérent...
 


















l'arête est mouillée mais le vide se creuse



 
On atteint le point de jonction entre l'arête Nord et la notre. A partir de là deux longueurs nous attendent. On appréhende un peu car le rocher est encore bien humide mais un rayon de soleil nous donne un peu de baume au coeur, allez feu ! Etant donné que Lucas a fait en tête les difficultés du bas, je prends la tête pour ces deux longueurs, chacun son tour ;-)
 
















un beau relais pour sortir des difficultés mais çà grimpe encore, à corde tendue bien sûr
 
 
La première est plutôt prisue et ne pose pas de problème si ce n'est que j'ai bien failli ne pas avoir assez de corde pour atteindre le relais. Si l'autre est du même acabit tout va bien. Oui mais, l'autre est en dalle et fissure avec un pas à la con qui n'est en aucun cas du IV+. C'est clairement du V et encore. Je vais un peu galérer en grosse dans ce pas merdique puis Lucas me confirmera que c'est pas du IV+. De toute façon on a sorti les difficultés, reste plus qu'à sortir le sommet. Il y aura bien quelques pas techniques deci-delà mais la plus grande difficulté sera à partir de ce moment de ne pas se prendre des pavasses sur la gueule car le rocher jusqu'ici très bon, deviendra franchement pourri par endroit, nous causant de belles frayeurs.
 


















                     j'arrive au bout puis petite photo du sommet


 
 
On arrivera au sommet à 14h30 et la vue ne sera pas si mal que çà. Bien sûr il ne fait pas soleil mais le plafond nuageux est très haut. On prend la photo souvenir, on casse la croûte et on file sans trop tarder car le temps n'est pas au top et surtout il faut rejoindre Pralognan assez tôt si on ne veut pas se taper vingt bornes à pieds pour rejoindre la voiture.
 
du sommet de la Grande Glière, vue sur l'aiguille de l'Épéna et la Grande Casse
 
 
La descente de la Grande Glière par la voie normale est très raide mais ce n'est que du PD, assurément une très belle course d'initiation au rocher qui serait une grande classique dans le massif des Ecrins ou du Mont Blanc. D'ailleurs le rocher est très bon et a la particularité d'être recouvert de lichens verdâtres quand on regarde vers le bas, et rougeâtres quand on tourne la tête vers le haut, drôle non ? On mettra une petite heure pour rejoindre le col de la Glière.
 

la preuve !
 
 

la fameuse Vierge de la Glière veille sur le coin
 
 
Ensuite on enquillera sur le glacier et on dévalera les dalles inclinées jusqu'au glacis de la Séchette. Ensuite on rejoint un sentier jusqu'au lac des Vaches puis l'autoroute jusqu'aux Fontanettes. On prendra l'option route goudronneé pour rejoindre Pralo, comme çà on peut faire du stop et on tombera sur de sympathiques gens du Nord, (est-il d'ailleurs nécessaire de rajouter sympathique quand on parle des ch'tis ???) qui nous raccompagnerons jusqu'à Pralo puis jusqu'au Laisonnay après qu'on leur eu payé une bonne bière.
 
voilà pourquoi on l'appelle le "Cervin de la Vanoise"...
 
 le temps se gâte sur la Grande Casse, à gauche les pointes de la Grande et Petite Glière
 
 
On est chanceux car autant pour descendre de Pralo on pensait trouver des gens, autant pour remonter au Laisonnay c'était pas gagné en pleine semaine et en soirée, merci beaucoup à eux.
 
une des "vue symbole" du parc de la Vanoise, le soleil en moins...
 
 
De même on est plutôt content de l'horaire car on a mis 3h pour l'approche, ça c'est normal, mais 5h30 pour l'arête avec le petit plantage du début, les pauses "abritages" et le rocher mouillé alors que dans le topo c'est écrit 6 à 8h. Enfin on est redescendus en un peu moins de 3h jusqu'aux Fontanettes, temps apparemment normal même s'il me semble qu'on a pas traîné et qu'après une longue journée y'a moyen de mettre 1 à 2h de plus. On regagnera la voiture vers 19h30, cool je vais pas me coucher trop tard ce soir, enfin presque.



arête NNE (3392m)
mixte
IV/AD+/V/IV+

1850m dont 680m pour les difficultés
B0
 

non j'étais pas bourré... le col de la Glière entouré de la Grande et de la Petite

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Publié dans Alpinisme

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