Pointe d'Amont : arête Nord
Pointe d'Amont : arête Nord (Ecrins)
28 juin 2009
Voilà une belle course peu fréquentée, difficile juste ce qu'il faut, sur un rocher excellent et pas trop courte. Assurément une réussite. Bon, je conseille quand même de partir depuis le refuge
de la Selle car à la journée çà devient une bonne bambée.
l'arête dans son intégralité jusqu'à la Pointe Centrale du
Soreiller
Avec Lucas, on s'était pris un but assez énorme en novembre dernier si bien qu'on est resté sur notre faim. J'ai été tenté plusieurs fois d'y retourner, si possible en enchaînement avec la Pointe Thorant voire le pilier Candau au Rateau, car autant rentabiliser la marche d'approche. A chaque fois on a changé de plan au dernier moment, comme s'il fallait que je règle ce contentieux avec Lucas. C'est chose faite.
une "vraie-fausse" arête Nord, car on grimpe toujours sur le
versant ensoleillé, mais c'est joli et bien raide
On est parti de Grenoble le matin, avec pour objectif de décoller du parking à 6h. Je pensais, naïvement, qu'il fallait deux heures pour l'approche. Que nenni, il faut se taper la montée quasi
jusqu'au refuge, puis remonter une moraine friable au mieux, que l'on peut shunter parfois en passant par des rochers lisses, puis enfin un bout de glacier, ouf ! La course démarre à 2800
environ, soit une approche de plus de 1300m, et quand on connaît la profil du vallon de la Selle...
Lucas apprécie le joli caillou que l'on
rencontre
enfin un jour de beau temps : le haut vallon de la Selle, le
Rateau et la Meije versants Sud
On a donc démarré les hostilités pour 10h, après s'être fait un bon repas au pied. Le truc cool, c'est que c'est une arête Nord, mais qui est au soleil depuis le lever du jour jusqu'en plein
milieu de l'aprem, donc pour l'ambiance face Nord faudra repasser, mais du coup on aurait trop dû prendre les shorts ;-) On démarre en t-shirt et en grosses, on se met un bon taquet de crème
et c'est partiiii. Corde tendue bien sûr, et vu qu'on a mis un peu plus de temps pour l'approche, j'enquille un peu. Quand je fini mon relais une demi-heure plus tard, on a déjà avalés plus de
150m d'arête, bon on va s'calmer là.
Lucas sort du pas de V qui clot la magnifique longueur
verticale...
...et repars aussitôt pour la deuxième
longueur difficile
Dès lors qu'on prend pied sur l'arête, le rocher est excellent, du même style que celui du Rouget la couleur en moins prononcée. L'escalade est belle, d'abord peu verticale mais avec de beaux enchaînements, puis çà se redresse sacrément sur la fin,
offrant de belles envolées dans le IV+/V. L'itinéraire est assez évident et la cheminée démarrant le second ressaut de toute beauté, pour moi le plus beau passage de la voie. Seul le pas de V en
sortie est un peu expo, sur du rocher moyen, et il est préférable d'avoir une grande envergure pour choper la prise du réta sinon la cotation vous semblera un peu légère.
la Pointe d'Amont, çà donne
pas envie, alors on a pris l'arête qui file sur la droite, la pointe du fond est celle de l'Aiguille Centrale du Soreiller
sur l'arête menant à la Centrale du Soreiller : c'est effilé et
superbe, je parle du rocher, pas du bonhomme...
Le second passage de V est plus évident et mieux protégeable. Nous ne sommes pas allé sur la Pointe d'Amont elle-même car c'est un tas de cailloux infâme, nous avons obliqué en direction de la
Pointe Centrale du Soreiller. Le rocher demeure excellent, sauf le début de la traversée qui demande un peu d'attention, mais ensuite l'arête est très effilée et aérienne. Il est possible de
passer sur le fil ou au plus facile en contournant les gendarmes. A partir de cette arête la vue porte sur l'autre versant, la Dibona paraît bien petite de la haut, mais toutes les grandes faces
Nord depuis l'Ailefroide jusqu'à l'Olan vous regardent.
la vue depuis le
sommet, la Dibona est rikiki d'ici...
Il n'est pas nécessaire de prendre une corde trop longue pour le fameux rappel de 40m de la descente. Il se désescalade très bien. Nous on a pris une corde de trente mètres et on a gagné pas mal
de temps dans les manips, mais aussi du poids. On rejoint le refuge du Soreiller très rapidement et la descente de celui-ci, bien qu'un petit peu casse-pattes est très efficace. Reste maintenant
plus qu'à tendre le pouce pour revenir à Saint-Christophe car il n'y a pas moins de huit kilomètres de route...
comme on ne la voit pas bien sur la photo précédente, un petit zoom sur cette piquante curiosité
Je suis d'autant plus content de cette journée que çà faisait un moment que je galérais pour avoir de bonnes conditions, et là, tout était réuni pour que çà se passe bien, et çà s'est très bien
passé. Je n'ai fait que quelques courses avec Lucas, et on ne s'était pas vu depuis un bail mais les automatismes étaient présents d'entrée. On a pu tout faire à corde tendue et en grosses, et
cerise sur le gâteau, j'ai l'impression que le "ressenti montagne" vient. Je m'explique. Quand on est dans une face ou une arête, l'itinéraire n'est pas forcément évident à repérer, si
bien que même en ayant le niveau, un plantage d'itinéraire plombe l'horaire. Depuis peu, j'ai cette impression que je ressens mieux les endroits où il faut aller quand on a un doute, du coup je
me mets dans la peau de l'ouvreur, je suis mon "instinct" et lorsque je trouve un piton çà fait plaisir. Cela donne satisfaction dans le sens où l'on sent que l'expérience commence à
jouer, mais aussi car cela donne un surplus de confiance qui fait du bien quand on bute souvent. Bon, çà veut pas dire que çà se passera toujours bien au niveau de la recherche d'itinéraire mais
çà fait plaisir. Et après un bon nombre de but météo, qu'est-ce que çà fait du bien d'avoir un franc soleil toute la journée.
arête Nord (3338m)
rocher TA - mixte si neige
IV/D/5b
1800m dont 540m pour les difficultés
B0