Mont Pelvoux : arête Nord

Publié le par manu


Mont Pelvoux - Pointe Puiseux : arête Nord et traversée par les Violettes (Ecrins)
7 juillet 2009



Lors de nos tergiversation du début de semaine dernier, nous avions parlé de plein de courses avant de finalement partir faire le Z. Un peu sous le choc du but au Z, j’ai besoin de prendre un peu de recul car c’est usant à force, mais Lucas est perspicace et me convainc de partir faire l’Innominata. Je prends, mais la météo nous fera changer encore une fois de massif, le Mont Blanc ne voulant toujours pas de nous. Et comme souvent quand le Mont Blanc ne veut, les Ecrins le peuvent. Direction le Mont Pelvoux et sa fameuse arête Nord. Ça fait un moment que j’y pense à cette arête, en fait depuis que j’ai visité les sommets satellites l’an dernier : ici et . Et n’ayant pas eu le loisir de fouler la plus haute cime, je me disais que l’atteindre par cette arête serait une belle façon de la gravir. Oui mais, car il y a un mais, çà fait quand même plus de 1000m c’t’affaire, c’est une vraie face Nord et çà sort haut, très haut, sans parler de l’engagement. Une course que je m’étais fixé pour la fin de la saison… C’est vrai que la sortie à la Pointe d’Amont s’étant très bien passée, on s’est un peu enflammés, et c’est emplis de petites incertitudes qu’on s’est couchés en ce lundi soir du côté du Pré de Madame Carle en pensant à ce qui nous attend le lendemain. Un bon signe diront certains.

 

l'arête Nord vue depuis le sommet de la Barre des Ecrins : çà paraît moins raide que d'en bas... on voit bien la ligne de changement de rocher et le long couloir menant au col Est du Pelvoux sur sa droite
 
 
Lever 2h du mat’, c’est rude. On file sur les coups de moins vingt, signe que malgré tout on est efficaces ce matin. La moraine du glacier Noir se remonte bien mais il fait bien chaud, 12°C ! Heureusement, en prenant pied sur le glacier, ou plutôt l’infâme tas de pierre, la température redescendra.

 

la face Sud de la Barre des Ecrins, le Coolidge et l'Ailefroide au lever du soleil
 
 
Ce qui est cool, c’est qu’on n’est pas emmerdé en face N du glacier Noir en semaine, y’a pas foule dans ces itinéraires sévères et austères.

 

fin du premier ressaut, çà se couche mais c'est encore bien long
 
 
On arrivera à l’attaque à 5h tout pile, pile poil dans le timing, et le jour poins. Première surprise, nous ne sommes pas à 2950m mais plutôt vers 2800, bizarre. En fait l’attaque est à 2850, ce qui fait que l’arête ne fait pas mille, mais onze-cent mètres ! Deuxième surprise, il ne fait plus que 0°C, et ce sont les doigts quelque peu engourdis que je lance l’assaut sur cet éperon déjà redressé. Les premiers mètres sont athlétiques, puis çà déroule bien, façon diesel.

 

Lucas dans la traversée en 5b : acrobatique et un peu gazeux
 
 
Je m’inquiète un petit peu du temps mis pour faire les premiers mètres, mais non, il n’en est rien, et Lucas reprend le flambeau dans une zone d’abord peu évidente et technique, puis plus facile dans laquelle il partira comme une fusée : on est même mieux que dans les temps ^^.

 

Lucas sur la vire qui marque le changement de rocher : assez flagrant, au fond les Agneaux
 
 
Après ce rush, on est un peu en nage, et voilà que l’arête se redresse de nouveau. Soit, mais le froid se fait plus mordant, et le vent se lève. Je prends la suite jusqu’au pied du "raide ressaut jaune", puis Lucas enchaîne sur la dalle en V qui doit nous amener à la ligne de changement de rocher. Et oui, dans les Ecrins tous les hauts sommets sont composés de deux roches bien distinctes, à savoir un socle granitique, et la partie sommitale, en général au dessus de 3500, en gneiss. Une autre particularité, ici c’est le gneiss qui a une teinte rougeâtre tandis que le granite est plutôt gris, ailleurs c’est très souvent l’inverse.

 

le col Est du Pelvoux, le Pic sans Nom et dans les nuages la Barre

 

 
Il commence à peler sévère, le thermomètre repasse en négatif, et je suis bien content de mettre ma doudoune et des petits gants, sauf que Lucas n’en a pas… De toute façon on peut pas en commander par internet, donc on file. Ben elle était pas facile c’te dalle, surtout en grosses. Ensuite il remonte la vire qui nous ramène sur l’arête et là surprise, on aura droit à une minute de soleil ! Et oui, ici c’est une vrai face Nord, du genre qui voit pas le soleil de la journée ou alors super tard, à un moment où si tu t’y trouves encore, tu risques de passer un bon bivouac en paroi…

 

et oui çà meule ! mais le moral est là, feu !
 
 
On remonte en direction du bastion final, toujours bien en avance sur l’horaire, mais le rocher n’est pas toujours très bon. Pô grave, paraît qu’il est meilleur dans le bastion. C’est pas faux pour la partie la plus raidasse, mais pour le reste c’est du genre prises à tiroir et château branlant !

 

le vide se creuse mais le temps se gâte par l'Ouest, "ambiance face Nord pour de vrai"...
 
 
Au pied du bastion, on a pensé qu’on s’était un peu fourvoyés, mais non, on a retrouvé la voie rapidos, et jusqu’au fameux "dièdre rouge" c’est superbe et vertical. Ensuite, c’est franchement scabreux mais il faut qu’on sorte. Le froid a bien fatigué Lucas et dans ces dernières longueurs en rocher pourri, il a du mal à envoyer comme avant. Le rythme baisse et je commence à trouver la fin un peu interminable. C’est aussi à ce moment là qu’une douleur dans ma cuisse gauche se réveille : on verra çà plus tard.

 

...alors mieux vaut regarder à l'Est !  et heureusement il reste quelques belles envolées
 
 
On rejoint le sommet à 14h20, soit 9h après le départ. On est dans les temps du topo même si on a perdus du temps sur la fin. Le temps se gâte un peu et la vue ne porte plus aussi loin que tout à l’heure, du moins les nuages nous la restreignent. On mange un casse-dalle bien mérité et on décolle sur les coups de 15h. Ça file vite au début, puis les nombreux rappels et crevasses allongent l’horaire inexorablement. Je commence à être fatigué, donc un peu bougon, surtout que je ressens de plus en plus la douleur au niveau de ma cuisse : ce n’est pas gênant en soi, mais çà veut dire que çà s’aggrave. En fait c’est une déchirure musculaire qui va nécessiter au minimum quinze jours d’arrêt, les bouuuuuules !

 

çà se couche sur la fin lorsqu'on rejoint l'arête Ouest, mais le cailloux n'est pas moins pire
 
 
On mettra quatre heures pour la descente, ce qui n’est pas si mal, mais après une telle journée on trouve le temps long. Et je ne parle même pas de la raide remontée de 100m pour rejoindre le névé des militaires… ah ben si j’en parle ;-)

 

c'est loin d'être fini sur le chaotique glacier des Violettes, au centre les Trois Dents du Pelvoux
 
 
A partir de là, on manquera de s’en coller plusieurs sur le névé, et on évitera la "bière du succès" car la Leffe 9° c’est rude après une telle journée, surtout qu’il nous faut maintenant rentrer. Arrêt express au McDo de Bri pour se mettre une volée de hamburger dans le ventre et on pourra se coucher avant minuit. Ça fait des bonnes journées et demain c’est boulot : çà va être rude !
 
le névé des militaires, peu évident à négocier mais çà sent bon
 
 
 
arête N et traversée par les Violettes (3943m)
mixte avec une prédominance de rocher TA
IV/D+/5b
2200m dont 1000m pour les difficultés
B0

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Publié dans Alpinisme

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