But au couloir Oriental du Mouchillon
Pointes de Mouchillon : couloir Oriental (Belledonne)
12 mars 2010
les Pointes du Mouchillon, belle ambiance haute-montagne à seulement 2347m d'altitude, notre couloir est le plus évident, peut être le plus terrifiant aussi
J’ai deux projets en Belledonne qui me tannent ces derniers temps, le couloir Ouest des Grandes Lanches et l’Oriental du Mouchillon. On s’est raté avec Vinz la dernière fois via l’agenda skitour alors cette fois-ci on remet çà en espérant que çà ne foirera pas. Andras, avec qui on s’était raté aussi il y a deux ans, se joint à nous. Ayant eu le temps de scruter le couloir Oriental en remontant au SW d’Arguille la semaine dernière, çà m’avait tout émoustillé car les conditions semblent optimales. Andras n’est pas très chaud pour un couloir Ouest alors on laisse tomber les Grandes Lanches. J’envoie la photo des Pointes de Mouchillon à mes deux acolytes, et c’est parti pour retourner à la Martinette une semaine pile poil après ma dernière visite, moi qui n’y vais en moyenne qu’une fois pas an car je trouve le départ chiant… Si tout va bien, il est prévu d’enchaîner l’Oriental et le couloir central NE.
Andras au pied des Pointes de Mouchillon qui commencent à émerger de la brume : bonne journée ?
La forêt est toujours autant verglacée, mais il y a moins de neige que la semaine dernière. L’approche est vite torchée et on se retrouve sous les Pointes du Mouchillon. Les pentes sont ravagées par des boulettes, sauf celle en aval de l’Oriental, çà tombe bien dis donc ! On la remonte d’abord avec les couteaux puis très vite on met les crabes car çà va plus vite sur ce fond dur. Là, le voile de nuages bas se crève et la motivation est très vite au taquet, sauf que la vision du couloir nous refroidi un peu. C’est goulotté, tellement que je regarde la photo du topo pour être sûr qu’on se trompe pas. Mais non. Bon, on y va quand même pour voir car comme il est courbé, çà peut être meilleur au dessus mais on voit pas : bonne pause casse-croûte au soleil et feu, mais pas trop pressés quand même ;-)
Mister Z ! derrière on reconnait bien le couloir SW du Rocher d'Arguille et la grande gorge
Le couloir est béton, la pente aux environs de 45° et une goulotte se forme en son milieu. Quelques spin-drifts coulent deci-delà, doit bien avoir de la popow là haut vu ce qui descend.
Vinz et Andras rejoignent le couloir
Puis la pente s’énerve un peu à mesure que le couloir se rétrécie mais la neige est toujours aussi béton. Le couloir a purgé, et des traces de prédécesseurs sont restés en relief, mais pas dans le bon sens. On est dans du bon 50°, la neige est béton, çà fait pas plus de 3m de large par endroit, une goulotte est en train de se former et les traces de pieds en relief en plein milieu des contre pentes nous empêcheront de faire des virages dans le peu d’espace restant, mais on continue : on est un peu frappés !
dans le couloir, au fond les Arguille's Brothers
Bon, c’est vrai que j’ai fait le deuil de le skier et je me dis qu’on va se faire le sommet pour la forme, voilà tout, mais arrivé au niveau du ressaut, qui était bien enneigé la semaine d’avant, le rocher affleure. Rien de grave, mais en voulant le franchir, mon piolet super-light n’ancre pas bien car c’est de la couic-couic bien dure, limite verglacée. Il faudrait des piolets tractions car là on passe clairement dans le registre de la goulotte. Je ne me vois vraiment pas là dedans à la descente alors terminé les conneries, je déclare le but, et mes compères approuvent dans la foulée, comme si çà faisait déjà un moment qu’on dépassait les "bornes des limites".
au premier tiers, çà se raidit et se rétrécie
Il y a bien moyen de faire quelques virages sous le ressaut, mais après il y a la partie pas évidente et je me vois mal déraper avec le fond goulotté et les skis en porte-à-faux pliant dangereusement. Andras a filé en bas pour chausser dans la partie inférieure du couloir et Vinz va chausser au ressaut car il se sent plus à l’aise sur sa board. Comme on a signé le but, autant ne pas prendre de risques inconsidérés, je chausserai plus bas, après le passage très étroit.
au premier tiers mais en regardant de l'autre côté, cette partie on la skiera
La descente est loin d’être aisée, même en crampons, pour dire… Le couloir étant surmonté par des pentes plutôt Sud, la glace accumulée ces derniers temps en profite pour se faire la malle et on s’en prend plein la poire, mais c’est rien comparé à ce que Vinz va m’envoyer dans la tronche ;-) Bon, je suis abrité mais çà débaroule sacrément. Vivement qu’il arrive.
aux trois-quart du couloir, le ressaut ne passe pas et en dessous çà donne pas envie surtout que c'est du béton
Il me rejoint finalement au bout d’un petit moment et m’avoue n’avoir pas pu poser un virage tellement la neige est béton, et faut pas s’en coller une, là ! Qu’est ce que j’ai bien fait de chausser plus bas. A partir de là on va pouvoir en faire quelques uns, mais c’est clairement du grand nimp cette neige béton et ce fond goulotté. Vraiment pas agréable à skier.
juste en dessous du ressaut, vue vers le bas
On rejoint péniblement l’endroit du casse dalle pour se remettre une petite collation et là, on s’interroge car on a perdu beaucoup de temps dans l’affaire et du coup on peut difficilement partir sur un autre objectif tel le NW de la Marmottane. Et puis le moral n’est plus là en ce qui me concerne. Bon je me botte le cul et on convient tous ensemble de ne pas en rester là, on tente le col de l’Ile pas si loin, et au pire un face Sud avec de la belle transfo car apparemment c’est ce qu’il fallait viser aujourd’hui, et je regarde le SW d’Arguille avec pas mal d’envie : ah si j’avais pu inverser les sorties…
Andras en termine avec le col de l'Ile
Pour atteindre le col, on remonte dans de la croûtée infâme puis il faut de nouveau mettre les skis sur le dos car c’est béton dès que la pente s’approche des 40°. Opopop, un bon coup de rein et on est au sommet, au soleil silvouplé.
au col de l'Ile, les Arguille's et le fameux rocher pointu
On renoncera à descendre versant Sud car on n’est vraiment pas sûr que la moquette descendent bien bas du côté de Fond de France et on a eu suffisamment de galère aujourd’hui, alors c’est parti pour la descente la plus pourrie de l’hiver, heureusement il y aura un peu de ski ludique en bas dans les vernes.
au col de l'Ile, vue vers la Chartreuse sur la toute droite, et surtout les Cabottes, aileron de requin tendu vers le ciel
Bref, une journée décevante en de nombreux points concernant la qualité du ski et le choix des difficultés, mais très sympa au niveau de l’ambiance, car ce fut un plaisir de partager ces instants avec Vinz et Andras, j’espère les croiser à nouveau d’ici peu. Ah oui, j’oubliais, les Grandes Lanches ont été skiées la veille, en transfo plutôt pas mal, on s’est loupés quoi…
impressionnant mais un peu moins qu'aujourd'hui, la photo datant de la semaine d'avant, juste après un épisode neigeux intense - le ressaut n'est pas visible mais est situé à la limite ombre-soleil tout en haut du couloir
couloir Oriental (2347m)
5.3 E3
1500m
B3i
ambiance patagonienne dans le haut-Breda,
la classe !