Petit Pelvoux : arête Sud
Petit Pelvoux : arête Sud et traversée (Ecrins)
4 août 2008
C'est pas parce qu'il est petit qu'on va pas y aller ! Et puis 3753m c'est peut être petit par rapport à ses grands frères mais çà commence a être sérieux. Au départ la course
qui était envisagée était l'arête Nord-Est aux Trois Dents du Pelvoux, mais on s'est dit qu'il valait mieux poser un bivouac au pied vu la longueur de la voie et le meilleur moyen d'y aller est
encore de faire la traversée du Pelvoux car le bivouac est sur le glacier des Violettes, vers 3050m. Ok, mais la traversée du Pelvoux c'est un peu trop facile et en plus on risque d'arriver au
bivouac super tôt alors en cherchant bien on a trouvé cette arête Sud au Petit Pelvoux : une variante un peu plus corsée de la traversée du Pelvoux, et pas dénuée d'intérêt.
le Petit Pelvoux depuis le refuge du Sélé, pour l'itinéraire je crois
que c'est clair...
De retour de "songe...", on est à la bourre car on a traîné certes, mais parce qu'on a beaucoup hésité sur ce qu'on devait prendre pour le bivouac. Charles, qui ne jure plus que par
François Gouy en ce moment, décide d'appliquer la méthode Gouy pour le bivouac, c'est-à-dire light. Je traduis pour ceux qui ne comprenne pas bien : sans duvet. Oui, vous avez bien lu,
on va se taper un bivouac a plus de 3000 sans duvet. Oh rassurez-vous, on aura un sursac et une doudoune, et puis on n'est pas obligé de quitter nos chaussures. On pourra même foutre nos pieds
dans le sac à dos... et puis on a aussi le droit de prendre un collant, on sait jamais il peut faire frisquet. L'avantage, c'est le gain de poids et l'encombrement sur le sac à dos, surtout qu'on
va faire une course avant avec tout ce matos sur le cul, euh le dos. Mais là où j'ai mal géré, c'est que mon sursac est un boeuf, 700g et un encombrement d'environ 2.5L, tandis que mon duvet est
un vrai modèle light avec son petit kilo et ses 6L. Certes c'est plus gros, mais quand on connait le pouvoir thermique d'un sursac en gore-tex et celui de mon cher duvet, -15°C confort à vue
d'étiquette du marchand, ben y'a pas photo, mais j'en reparlerai.
On part donc light, et je laisse même à la tente mes baskets d'approche, chose que je ne fais d'ordinaire jamais. Mal m'en a pris. Il fait très chaud, et que je suis obligé de me
trimballer les Batura, un modèle thermique sur la base d'une Népal Evo, car mes Trango S ont les semelles complètement bouffées. Du coup je mets des chaussettes light histoire de ne pas
transpirer comme un boeuf. Charles part comme une balle et arrivé à la source Puiseux, soit au bout de 400m de déniv', j'ai des ampoules. Je les ai à peine vu venir : la poisse. Je
m'arrête pour constater les dégâts. Vu qu'il est 16h50 précisemment, que le repas est servi à 18h au refuge et qu'il reste 700m de déniv', je suggère à Charles de continuer, je mettrais le temps
qu'il faut mais je dois régler ce problème. Je prends cinq minutes pour défaire le sac super bien fait, car la paire de chaussette en laine est forcément au fond du sac, je les enfile et repart.
Ca a l'air pas mal, il me reste 1h05 pour faire 700m mais çà grimpe efficace. Je vois Charles qui est juste devant mais je dois faire attention à marcher sans trop bouger la cheville sinon c'est
frottement assuré. Je marche donc tel Robocop pendant une bonne demi-heure, mais çà me refait mal. Je me re-arrête, cherche la pharmacie au fond du sac, quitte les grosses et mets de la crème
anti-frottement sur les talons. Je me rechausse et repars, au bout de cinq minutes encore et là çà va être très dur d'arriver à l'heure, je table sur 18h10, ce qui me fera un petit retard, pile
poil le temps perdu en route à cause des ampoules, fais chier on avait le bon timing... J'arriverais à 18h05 au refuge et là les premières paroles de Charles ne sont pas pour s'inquiéter de
l'état de mes pieds, mais pour me dire : "je t'ai mis 16 minutes". Là, j'ai vraiment les boules, surtout qu'en fait le repas est prévu pour 18h30 et que le gardien donne 18h pour être
sûr de ne pas avoir de retardataires... Le temps de respirer bien a fond afin de ne pas provoquer un conflit et notre regard est comme attiré par le couloir en face de nous, le Pélas Verney.
Charles me demande si je connais, je lui annonce que çà se fait bien en ski de rando, 5.3 quand même, et que je compte bien y aller l'hiver prochain. Et là, y'a un gars qui me sort : "avec la
saison que t'as fait c'est clair que tu vas te faire plaisir" ou un truc dans le genre. J'hallucine, je ne le connais pas mais lui a l'air de savoir pas mal de chose sur mon compte... En fait il
s'agit de Bubu, et il est là avec Lucio que j'ai rencontré y'a 10j sur Grenoble. Charles les connait bien et il ont eu le temps de tchatcher pendant mes putains de 16 minutes de retard... Ce qui
est drôle, c'est qu'il vont au même endroit que nous, sur l'arête Sud, donc on fera certainement la course ensemble.


l'aube sur les crêtes Sud des Ecrins, Charles dans la première longueur juste à temps pour le soleil...
On mange et ensuite on décide d'aller repérer le chemin qui mène à l'arête car il fera nuit et le Labande n'est pas très loquace. Bien nous en a pris car l'itinéraire du Labande est foireux, on
en prendra un autre plus sympa et plus safe, et on déposera le matos au grand cairn sur l'arête, une centaine de mètres de déniv' avant le départ des hostilités. On en profitera aussi pour
refaire les cairns et admirer le coucher du soleil : c'est vrai que c'est calme le soir. On regagne le refuge et on se couche. Il fait une de ces chaleur dans le dortoir, du coup on dort
la fenêtre ouverte et torse-poil. C'est pas super mais ça rassure un peu pour la nuit prochaine.
ce qui nous attend demain... va y'avoir du sport ! les 2 points
sur la droite c'est Bubu et Lucio
Lever à 3h et c'est parti. On trouvera bien le chemin de la veille dans l'obscurité et on est rejoint à l'attaque par Lucio et Bubu. On part devant, toujours en grosses et çà progresse bien mis à
part quelques pavasses qui partent par endroit. Le passage en surplomb de la deuxième longueur est superbe, mais attention au dessus car la corde déstabilise des caillasses. On s'est un peu
paumés après le troisième ressaut, d'abord par manque d'info sur notre topo, puis ensuite à cause d'un cairn qu'on aurait mieux fait de détruire et qui nous a emmené dans des endroits scabreux.
Visiblement le topo C2C était plus précis. Une dernière frayeur avec une pierre d'au moins soixante kilos que je décroche en la testant. Je la retiens comme je peux puis finalement la laisse
aller voyant que la corde et mon assureur ne risquaient rien. Je m'en tire avec un bon bleu sur le genou, çà aurait pu être pire... Le temps n'était pas fantastique durant la course, il
s'améliorera pour la descente. On en profitera pour faire une sieste avant les rappels.


le bivouac "mais où est Charlie ?" et un zoom sur ce dernier, tip-top confort !
Lucio et Bubu nous quitterons au niveau du bivouac et entamerons la longue descente vers Ailefroide. Nous les retrouverons avec surprise et plaisir le lendemain soir au camping : ils avaient
prévu de filer mais ils n'ont pu résisté à la tentation de rester encore un peu dans ce chouette coin des Ecrins. Voici d'ailleurs leur récit de la course sur C2C, avec juste un bémol : on avait des friends et surtout une corde
à simple...
à suivre
arête Sud et traversée (3753m)
rocher TA, mixte en début de saison si neige
III/D (IV+ max)
1050m dont 400m pour les difficultés
B0