Aiguille d'Argentière : arête du Jardin

Publié le par manu


Aiguille d'Argentière : arête du Jardin (Mont Blanc)
29 juillet 2009

 
 
le Chardonnet et l'Aiguille d'Argentière, l'arête du Jardin est celle de droite : ouh qu'c'est loooong !
 


...suite

 

On se lève sur les coups de 3h30 et le réveil est rude. L’envie n’est pas trop là depuis la vision de l’arête la veille en descendant des Grands Montets, et aussi depuis l’expérience des fissures chamoniardes dans le gâteau de riz : les cotations sont sévères par ici, à moins qu’on n'ait pas l’habitude de ce genre de grimpe… un peu des deux sûrement.

 

l'aurore est là, c'est un peu flou mais pas facile quand on n'a pas de trépied...

 
 
On prend le temps pour le petit dej’ et on ne décollera qu’au bout d’une heure, pépères ! La montée en direction du couloir d’attaque se fait dans l’obscurité mais c’est aisé car il suffit de suivre le tuyau d’alimentation en eau du refuge. On rejoint le pied du couloir, la remontée se fait avec un petit doute vu qu’il y en a plusieurs mais non, c’est le bon et la brèche est atteinte à l’aurore : çà va pouvoir commencer.

 

Lucas sur le Grand Plateau...
 
 
... et bibi de l'autre côté


 
Surtout que la vue devient pour le moins grandiose avec un lever de soleil sur les faces Nord du glacier d'Argentière qui restera un grand moment et un excellent souvenir.
 
là c'est magique 
   
 
 
Une cordée nous rejoint à la brèche, ils ont bivouaqués un peu en dessous du refuge. L’impression est double, on est un peu déçu de ne pas être seuls, mais un peu rassurés quand même au cas où. On attaque les premiers, ils nous suivent jusqu’au Grand Plateau, puis ils passeront devant au niveau de l’entaille séparant le Grand Plateau en deux : rappel.

 

deux heures plus loin, y'a toujours autant de gendarmes et c'est encore bien long , à gauche le glacier du milieu qu'on suivra à la descente
 
 
 
La remontée sur le Grand Plateau est annoncée comme un pas de III, ben je vais être servi et je puis vous assurer que ce III là en surprendrai plus d’un : pas de pied, il faut directement choper une fissure du bout des bras, se tracter dessus pour en choper une autre, réta des pied au niveau de la fissure, pied-main quoi, et on enchaîne sur une dalle. Un bon pas de IV+ ailleurs, ici c’est du III… çà commence bien.

 

Lucas dans la fissure en IV+, finalement plutôt jolie...
 
 
 
Ensuite on rejoint une grande fissure avec des blocs coincés. Un petit câblé traîne au niveau du premier bloc coincé histoire de pouvoir se tracter, car après c’est coincement de main, reta sans rien au dessus du bloc, et c’est limite déversant. Un beau morceau dont Lucas se rappellera ;-) Le second bloc coincé, on s’en rappellera tous les deux, un reta hyper expo sur une crougnette pour Lucas, un jeté-plongeon dans la fissure pour moi : parce que parfois le style compte plus que la performance, à moins que ce ne soit l’inverse… et ce n’est que du IV. On commence un peu à flipper car il reste du IV+, mais en fait çà passera bien, plus dur que du IV+ normal, mais pas bourrin.

 

le truc qui pique le cul c'est le Yatagan, et derrière, la grosse muraille c'est le Casque
 
 
 
Là on a pris de la hauteur, et on navigue au milieu de superbes gendarmes, dont notamment le Yatagan et le Minaret. Heureusement qu’il ne faut pas les gravir car vu la longueur d’arête qu’il reste, c’est pas gagné. Après avoir contourné le Yatagan, on arrive au pied du Casque. Pause casse-dalle.

 

après un bon casse-dalle c'est reparti, Lucas et le Minaret
 
 
le Casque : c'est par où ??? par la petite brèche sur la droite ^^.
 
 
 
Le Casque est vraiment impressionnant, et on voit les deux gars qui nous ont doublés batailler par la gauche. On est tentés d'enquiller dans leur direction mais en lisant et relisant le topo, on se rend compte qu’ils ne sont pas dans la voie et on prend par la droite, rejoignant une brèche au pied d’un gendarme qui doit être la Reine. Un relais est équipé pour un court rappel, non mentionné dans le topo, mais çà colle plutôt bien. On remonte en face et on se retrouve au pied d’une cheminée qui doit être du IV avec une sangle coincée pour le Ao. Sauf qu’il n’y a pas de sangle, et que c’est vraiment pas du IV, mais alors pas du tout. On tente le coup, mais çà n’a pas l’air d’être çà, et c’est difficilement voire pas protégeable, donc on tente une autre piste et Lucas va se mettre taquet à côté, sans que çà ne débouche, tandis que l’autre cordée rapplique. Réchap’ de Lucas et grosse interrogation pour la suite. Il paraît évident que ce n’est pas du IV, mais un des gars y va quand même car on n’a pas trop d’autres choix. Il en chie grave mais il passe, et après çà semble être ok. Son second monte et vu qu’on est un peu nazes, il nous propose de nous prendre la corde afin qu’on monte en moul’, sympa. Le gars enchaîne, en chie grave et remercie son pote d’être passé en tête, puis Lucas enchaîne à son tour et en chie tout autant. Une vraie saloperie c’te renfougne ! Puis Lucas me renvoi la corde mais je galère à la choper, il s’y reprend à trois fois et enfin je peux m’encorder, mais pour la récupérer j’ai dû m’exposer un peu, chaud ! Effectivement je confirme les impressions de mes prédécesseurs et j’en chie à mon tour.

 

depuis le sommet du Casque, c'est pas fini et quand on sera en face...


On se mettra de nouveau taquet juste après dans les dalles, du bon IV chamoniard qu’on coterai bien V dans les Ecrins… Puis enfin on en termine avec le Casque dans des cannelures et écailles saines mais peu athlétiques. Encore trois rappels pour descendre, on les compte plus, et çà remonte de nouveau. A partir de là, les difficultés sont passées mais on est bien morts. Moi je n’ai plus qu’une cuisse, l’altitude se fait sentir mais moins que le poids du sac, et c’est pas encore fini. Une bonne remontée, puis un rappel, puis encore des gendarme à contourner et à gravir pour déboucher sur l’arête neigeuse menant au sommet, ouf !

 

...ben voilà ce qu'on verra ; autant le Casque est massif depuis le bas, autant il est effilé depuis le haut
 
 
 
Il ne reste que cent mètres à faire mais on avance comme des vieux. Le soulagement d’en avoir terminé avec la montée ne nous fait pas pour autant oublier qu’il est tard, que la descente est longue, expo et très raide dans le haut. Mais on savoure.

 

le sommet est en vue, plus qu'un rappel, cinq-six gendarmes et une pente de neige...
 
 
 
Effectivement on galèrera un peu dans la partie raide jusqu’à la rimaye, puis encore en dessous au milieu des crevasses et enfin à la fin dans ces pierriers innommables qui sont souvent instables car reposant sur de la glace vive : çà fait froid dans le dos de sauter sur un bloc de plusieurs quintaux qui se met à bouger et débarouler…

 

le sommet depuis la dernière partie rocheuse, à gauche le Chardonnet
 
 
 
L’arrivée au refuge semble assez longue mais c’est parce qu’on ne le voit qu’au dernier moment. Et encore, on hallucine sur la longueur de l’arête qu’on a remontée, vu qu’on la suit tout du long : impressionnant, surtout que le profil est très irrégulier et gendarmé. On ne sera pas trop en retard pour la bouffe, une bonne demi-heure tout au plus et on rejoindra nos couchettes juste après, bien contents de les retrouver.

 

la descente c'est par là...
 
 
...et çà fait pas semblant de descendre !
 

Le lendemain matin, çà tirera tellement de partout qu’on n’ira pas se faire une dernière grande voie. Surtout qu’on a fait la plus facile et qu’on avait déjà trouvé çà teigneux, alors faire du 6a là, ben non merci. On rentre tranquillou sur Gre après avoir fait une presque grasse mat’.

 
le profil de l'arête du Jardin depuis le glacier d'Argentière, celle sur fond de ciel : on a connu moins torturé...
 
  

Ce séjour Chamoniard m'a un peu calmé car les cotations sont très sévères. Il semblerait qu'il faille leur rajouter un degré... et on n'a pas l'habitude non plus de ce genre de grimpe dans des grosses fissures. Mais le caillou est bon. J'ai hâte de revenir avec deux cuisses et le moral gonflé à bloc, pas en dilettante comme cette fois-ci... et je pense que çà va nous plaire, surtout qu'on a tenu l'horaire, à part dans le passage de la renfougne teigneuse. Et quand on voit l'ampleur de l'itinéraire, c'est bon signe, car qu'est-ce que ce fut long...



arête du Jardin (3902m)
mixte
IV/D/IV+
1400m dont 900m pour les difficultés
B0

 

c'est pas si loin le Valais...
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Publié dans Alpinisme

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M
hé hé, un sacré morceau cette arête, avec des moments dont on se rappellera effectivement pendant longtemps ^^.
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L
hey, c'est avec émotion et amusement que je revis ces supers moments! avec une mention particulière à ce gros bloc de m.... où on a tout donné (avec un magnifique plongeon!!!)
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