bon anniv' ou bonne bavante à la GAB ? les deux !
Grande Aiguille de la Bérarde : couloir Nord (Ecrins)
15 avril 2010
bon je sais, mon anniv' c'était la veille, mais au boulot c'est moins sympa de le fêter et encore plus dur de se faire un couloir, si ce n'est celui qui mène aux chiottes, alors que là...
il s'agit du grand couloir partant du sommet pointu de droite
Çà faisait un moment qu’une telle ligne me tentait, mais il est hors de question de faire ce couloir sans des conditions optimales car la ponction qu’on se met à la montée doit mériter une descente digne des tonnes de calories brûlées.
la traversée des vires, en bas la Bérarde
Après avoir fait un pseudo-repérage visuel depuis la Bérarde dimanche, on prévoit d’attendre une chute de neige, de laisser passer un jour et feu ! Ça tombe bien car on peut tenter le coup ce jeudi. Lucas est chaud comme la braise et on enrôle Bat et Fabien car çà fait longtemps qu’on s’est pas vus, que çà fait plaisir de les voir, qu’il sont dans le coin, et qu’on ne sera pas trop de quatre pour faire la trace.
l'accès au couloir, à gauche le Rouget, au fond la Meije et à droite le Bourcet
Après les formalités plannistique faites, on se donne rdv là-bas jeudi matin. L’autre souci, c’est que j’ai boulot le mercredi, mais aussi je dois fêter mon anniv chez Nawale et Oli le soir. Comme toujours, c’est timing tendu. Journée de boulot bien longue et déprimante car bosser le jour de son "beurzdet" c’est pas cool, retour express à Gre en mode 306, soirée au poil, retour maison pour la préparation du matos, montée express – mais un peu moins – en mode Picachu, aménagement du bivouac, et dodo à 1h, ouf, mais çà passe ! Demain lever 5h30.
une belle arête à faire bientôt, la très belle arête W de la méconnue Aiguille du Plat de la Selle, qui m'accompagne ?
Le potes sont là, ils ont connus leur lot de galère la veille et se sont couchés à peine plus tôt. Et puis Lucas et Bat n’ont rien trouvé de mieux pour préparer cette virée que de se faire pas loin de 2000m de déniv la veille, et en plus c’était un but ! On démarre au petit jour car le passage des vires est peu évident. Et oui, le couloir n’est pas skiable de tout son long car une goulotte est présente sur le bas, donc pour le rejoindre, il faut passer par le côté dans des vires exposées et tortueuses. Bon, çà change pas grand chose car c’est quasi aussi raide, et il reste au final près de 1100m à faire dans ledit couloir. Détail ultime qui tue, on laisse les peaux à la bagnole, y’en a pas besoin car c’est raidasse de suite. Le couloir fait 1700m de déniv et le sommet de la Grande Aiguille de la Bérarde – la GAB pour les intimes – est situé à moins de 1800m du village éponyme sur la carte IGN, calculez, çà vous fait 40° de moyenne, avec des bons passages à 50° vers le haut.
Bat, toujours élégant quand il fréquente un beau couloir ;-)
Ce qui fait un peu chier, c’est qu’il ne paraît pas être tombé de la neige à la Bérarde. C’est bien plâtré à partir du Carrelet et vers le Sud, mais ici, que dalle en apparence. Si on rajoute la grosse ampoule de Lucas à cela, çà sent de plus en plus le but. On se décourage pas et on file.
quelques spin-drifts en remontant le couloir, plus jolis que méchants
L’arrivée dans le couloir proprement dit nous déçoit un peu car il a purgé et le fond est assez dur, mais la poudre est là un peu plus haut. Pas la belle poudre des Grandes Lanches mais de la popow quand même, et quelques spin-drifts. On brasse, on brasse, mais çà rassure quand même car plus on monte et plus le gaz se fait sentir. Fabien, qui est un excellent skieur mais n’a jamais fait de couloir de ce type à même des doutes, qui s’envoleront plus tard, mais c’est normal. D’un autre côté, faire un 5.3 en guise de découverte de la pente raide, c’est un peu osé.
Lucas dans le couloir, et oui çà se creuse
La fin est interminable et l’accès au sommet barré par du mixte foireux, et après une tentative, je lâcherai l’affaire en me retrouvant sur des dalles recouvertes de neige sans cohésion et très expo. La déception ne reste pas car quasi personne n’y va, et en plus Oli m’a fait un petit cadeau hier en me refilant la GoPro, alors là, j’ai hâte d’y aller. Les copains me font aussi un cadeau, ils me laissent ouvrir le couloir en chantant "joyeux anniversaire", mémorable !
premiers rayons de soleil de la journée, le sommet n'est plus si loin mais çà grimpe toujours
Ce qui est sûr c’est que c’est la misère de skier avec les cuisses qui fument tous les trente mètres, mais pour les autres c’est pire, alors… Et puis il faut l’admettre, c’est pas la neige de l’année, de la poudre certes, mais assez lourde, qui ne flue pas sous les lattes, et parfois fait des paquets. Vous direz que je fais la fine bouche, mais c’est mon anniv mer**, et l’année dernière, j’avais eu droit à un truc de dingue alors je deviens exigeant moi ;-)
la fine équipe vers le sommet du couloir : Bat, Lucas et Fab
Comme prévu Bat et Fabien galèrent et ne pourrons pas faire de virages avant un bon moment, mais ce qui n’est pas prévu, c’est la méforme de Lucas. Bon faut dire qu’avec ses enclumes aux pieds qu’il a fallu monter, et la journée de la veille, il lui est difficile d’enchaîner les virolos car çà fume de chez fume ! Fabien commencera à s’habituer dès que ce sera un peu moins raide, sa technique et le temps de s’imprégner de l’ambiance lui permettront même de se faire plaisir, mais Bat ne se lâchera que lorsqu’on passera en dessous des 45°. La pente raide, l’exposition forte, l’étroitesse du boyau, la qualité moyenne de la neige et les nombreuses pierres cachées dessous expliquent pour beaucoup les difficultés rencontrées, et puis lui aussi c’est son premier 5.x !
attention collector : Fab et Lucas se mettent de la crème...
Avec un peu de recul, je pense que c’était une connerie de les emmener sans faire de truc semblable avant mais moins expo. Bon je suis pas leur mère mais jusqu’à présent j’ai toujours essayé d’éviter de brûler les étapes avec les personnes que j’emmène en couloir car on est dans du solo non assuré ici, et comme le disait feu Marco : « ici c’est pas du freeride, si tu te la colles tu te la colles pas deux fois… ». Par contre, ce qui est sûr c’est qu’avec ces conditions de neige très correctes, et le fait que la pente n’est jamais extrême dans ce couloir, on imagine très bien les conséquences d’une chute si c’est moins poudreux ou si c’est plus raide encore, etc… tout contribue à en faire, malgré tout, une expérience faisant réfléchir et incitant à beaucoup de prudence la prochaine fois. D’ailleurs je suis pas sûr que Bat veuille refaire un 5.3 tout de suite ;-)
depuis le sommet du couloir, la vue sur les z'Ecrins : çà claque !
La fin est moins sympa car la neige est de moins en moins bonne mais l’ambiance est vraiment majestueuse. Et puis chose rarissime, c’est interminable à descendre. J’exagère un peu mais c’est très long et c’est tant mieux. Je pense qu’on a mis près de trois heures à le descendre – près de sept pour la montée ! – mais on a pris notre temps, on a savouré. Et puis hors de question de vouloir descendre sans attendre les copains, on est solidaires, on le reste jusqu’au bout.
Lucas...
Fabien...
En clair une très grosse bambée, çà vaut un bon 2500m de D+ en traçant avec les peaux, mais quelle ligne ! Du même acabit que l’autre belle ligne du coin qui m’avait tout de suite donné envie de la skier avant même de faire de la rando : le glacier Long. Mais là j’ai besoin de repos…
Baptiste...
et moi...
J’ai appris que des gens sont allés dans le couloir le surlendemain et le jour d’après, mais les conditions n’étaient pas terribles car le couloir était ravagé : ah bon ??? Là je fais le malin, mais je l’ai moins fait quand j’ai su que çà sortait au sommet mais pas du même côté qu’on était : il fallait prendre la pente sur la droite en montant juste avant le raidillon de la fin, mais comme le topo ne le mentionne pas et que tout le monde termine au niveau du col où l’on s’est arrêté… ben j’avais un peu les boules car çà passait bien et çà avait l’air beau ! Mais même pas mal ! ;-)
le fameux glacier Long à l'Ailefroide
Occidentale
couloir Nord (3421m)
5.3 E3
1720m
B0
